Un tiers du pays sous les eaux, plus de 1100 morts... Le Pakistan vit les pires inondations de son histoire

Une femme porte un enfant pendant les pluies et les inondation à Dera Allah Yar, dans la province du Balouchistan, au Pakistan, le 30 août 2022. - FIDA HUSSAIN / AFP
Une femme porte un enfant pendant les pluies et les inondation à Dera Allah Yar, dans la province du Balouchistan, au Pakistan, le 30 août 2022. - FIDA HUSSAIN / AFP

Un tiers du pays sous les eaux, plus de 1100 morts, 33 millions de personnes touchées au total... Au Pakistan, le bilan des inondations est sans précédent. Des précipitations exceptionnelles en juin et juillet, à l'occasion de la saison des moussons, ont conduit à la crue des principaux fleuves du pays. En août, la situation s'est encore aggravée, et le pays a déclaré l'état d'urgence jeudi dernier.

Des villages entiers ont été emportés, et les habitants essaient de sauver ce qu'ils peuvent avant de rejoindre des camps de réfugiés ou les quelques lieux épargnés par les inondations.

"C'est très triste. Tous mes biens sont submergés, de nombreuses parties de ma maison sont détruites, explique Nabi Dad, de l'eau jusqu'à la taille. "Je suis très inquiet, mes enfants ont faim et sont malades. Moi-même, je souffre. Qu'est-ce que je dois faire?"

Situation tendue dans les camps de réfugiés

Plusieurs lieux, comme des écoles ou des bases militaires, ont été transformés en camps de fortune. Le soulagement d'être en vie y côtoie aussi la lassitude de conditions de vie difficiles: chaleurs caniculaires, coupures de courant, manque de toilettes et de douches...

Malgré la présence de bénévoles, la distribution de l'aide alimentaire est aussi difficile. "Les gens envoient de l'aide humanitaire, mais la distribution n'est pas bien organisée du tout, déplore Yasmin. "Il y a régulièrement des échauffourées et les gens doivent se battre pour obtenir de la nourriture".

"Nous n'avons mangé que du riz ces trois derniers jours", raconte Malang Jan, 60 ans. "Je n'ai jamais pensé que j'aurais un jour à vivre ainsi. Nous avons perdu notre paradis et maintenant, nous sommes forcés à vivre une vie de misère".

Cette année, 33 millions de personnes sont touchées de près ou de loin par les inondations dans le pays. Elles ont aussi fait 1136 morts et 1634 blessés selon le dernier bilan. Mais ce chiffre risque de s'alourdir, les secours n'ayant pas encore pu atteindre certains villages reculés des régions montagneuses du nord du pays.

Un appel aux dons pour aider les cinq millions les plus touchés

Mardi, les Nations unies et le gouvernement pakistanais ont lancé un appel aux dons de 160 millions de dollars afin de venir en aide aux personnes les plus touchées. Cette aide financière doit permettre de financer un plan d'urgence pour les six prochains mois, afin de fournir en premier lieu des services de base (santé, nourriture, eau potable et abris) aux 5,2 millions de personnes les plus touchées, a expliqué Jens Laerke le porte-parole du bureau des Affaires humanitaires de l'ONU.

"Il y a des besoins énormes pour aider toutes ces familles qui sont dans un état de vulnérabilité totale, et ce dans des zones où elles étaient déjà en grande précarité. Dans les zones inondées, la plupart du temps, on avait 40% des enfants qui souffraient déjà de malnutrition avant les inondations", développe auprès de BFMTV Catherine Weibel, porte-parole de l'Unicef au Pakistan.

Le Premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, a promis que "chaque centime (d'aide internationale) sera dépensé de façon transparente et ira à ceux qui en ont besoin". Il a expliqué qu'il s'agissait "des pires inondations de l'histoire du Pakistan". La situation est souvent comparée aux inondations de 2010, qui avaient fait un peu moins de 2000 victimes recensées.

"Le climat mondial a franchi un seuil"

La ministre pakistanaise du Réchauffement climatique, Sherry Rehman, s'est aussi exprimée sur le sujet.

"Tout n'est qu'un grand océan, il n'y a pas d'endroit sec d'où nous pouvons pomper l'eau, déclare-t-elle. C'est devenu une crise aux proportions inimaginables".

Pour elle, ce phénomène s'explique par le "point de bascule" atteint par le réchauffement climatique. "Il est temps que les grands émetteurs de gaz à effet de serre revoient leur politique. Nous avons clairement franchi un seuil. Pas seulement le Pakistan, mais plusieurs pays. Le climat mondial a franchi un seuil plus tôt qu'attendu, et nous sommes au point 0, au moment où le basculement se produit", estime la ministre.

Le Pakistan a reçu deux fois plus de précipitations qu'habituellement, selon le service météorologique. Dans les provinces du sud (Baloutchistan et Sind), les plus touchées, les pluies ont été plus de quatre fois supérieures à la moyenne des 30 dernières années.

Article original publié sur BFMTV.com