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Tickets restaurant : de la majorité à la Nupes, cette réforme fait l'unanimité contre elle

À partir du 1er janvier, les tickets restaurant ne permettront plus d'acheter pâtes, riz ou viande. Seuls les aliments directement consommables seront éligibles.

Seuls les produits directement consommables seront éligibles aux tickets restaurant à partir du 1er janvier 2024. (Photo by ERIC PIERMONT / AFP)
Seuls les produits directement consommables seront éligibles aux tickets restaurant à partir du 1er janvier 2024. (Photo by ERIC PIERMONT / AFP) (AFP)

Retour à l'époque pré-Covid. À partir du 1er janvier 2024, les tickets restaurant ne permettront plus que d'acheter sandwichs, fruits, salades ou plats cuisinés. Adieu les achats de pâtes ou de viande réglés en tickets restaurant. Une dérogation qui était en vigueur depuis le 1er septembre 2022 pour faire face à l'inflation.

Un changement qui fait grincer des dents alors que le pouvoir d'achat des Français reste fortement impacté par l'inflation. De la Nupes à la majorité en passant par le RN, avec des arguments différents, on pointe du doigt ce retour en arrière.

"C'est une connerie"

Le député LFI Loïc Prud'homme pointe du doigt une restriction qui va favoriser la malbouffe. "Le gouvernement finance la malbouffe responsable de l'épidémie de maladies chroniques dont les classes populaires et les jeunes sont déjà les premières victimes", dénonce notamment l'élu de Gironde.
Dans la ligne de mire du député, les plats transformés, qui seront toujours éligibles aux tickets restaurant, tandis que les produits bruts ne le seront pas.

Comme le rappel l'Inserm, "des études ont retrouvé des associations entre la consommation d’aliments ultra-transformés selon la classification NOVA et un risque accru de développer des troubles métaboliques comme les dyslipidémies, le surpoids, l’obésité, et l’hypertension artérielle".

Même son de cloche pour le député pourtant de la majorité, Richard Ramos. "J'espère que ce n'est pas définitif car c'est une connerie. Le problème pour les restaurateurs c'est de faire en sorte qu'ils ne paient pas de frais sur les tickets restaurants", tonne-t-il sur RMC.

En pleine période d'inflation, la mesure passe mal

Dans le viseur du député Modem notamment, les taxes spécifiques aux tickets restaurants qui pèsent sur les restaurateurs. Car ces derniers payent une commission entre 5 et 6% en moyenne sur les titres-restaurants. Plus il choisit un remboursement rapide, plus la commission est élevée.

"Aujourd'hui alors qu'on a des problèmes d'inflation, celui qui essaie de faire des pâtes dans l'arrière-cuisine de son entreprise pour économiser, il ne pourra plus acheter ses ingrédients pour son repas avec ses tickets restaurants et sera obligé d'aller au restaurant", poursuit Richard Ramos, spécialiste des questions d'alimentation après avoir notamment bataillé contre les nitrites dans la charcuterie, et prôné une sécurité sociale de l'alimentation.

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Son homologue du Modem Aude Luquet dénonce également un tel retour en arrière. "Il nous semble complètement aberrant que ce dispositif qui concerne quatre millions de salariés soit arrêté dans les prochaines semaines", a t-elle expliqué, dénonçant un manque d'anticipation du gouvernement.

"Une étape de plus dans le harcèlement des plus pauvres"

D'autres députés pointent directement du doigt une mesure qui porte atteinte au pouvoir d'achat des Français : "Un Français sur trois se prive de nourriture faute de moyens. En janvier 2024 il ne sera plus possible d’utiliser les tickets restaurants pour de la nourriture quotidienne. Une étape de plus dans le harcèlement des plus pauvres par le gouvernement. C’est une honte", tonne la députée Sandrine Rousseau, tandis que le communiste Fabien Roussel dénonce une "mesquinerie sans fin du gouvernement qui veut empêcher les Français d’utiliser les tickets-restaurant pour acheter des aliments essentiels".

"C'était déjà un maigre rempart à l'inflation pour les travailleurs et étudiants salariés. En 2024, ils serviront à acheter de l'ultratransformé", dénonce de son côté Sabrina Sebaihi, députée EELV des Hauts-de-Seine. De son côté, Marine Le Pen a dénonce une "mesure socialement dramatique".

VBruno Le Maire "favorable" à la prolongation du dispositif

Les députés Modem ont annoncé qu'ils porteraient un texte dans le cadre de la niche parlementaire du 18 janvier "pour faire en sorte que le dispositif soit prolongé" et qu'ils restent éligibles à l'achat de la plupart des denrées alimentaires.

Du côté du gouvernement, Bruno Le Maire s'est dit "favorable" se mardi à la prolongation du dispositif permettant d'acheter des produits alimentaire avec des tickets restaurant. "Est-ce que c’est simple à faire ? Non, car il faut une disposition législative, nous sommes en train d’étudier les possibilités d’étendre cette faculté. Mais au moment où je vous parle, je n’ai pas cette solution législative", a-t-il néanmoins nuancé.

VIDÉO - Voici la liste des produits que vous pourrez encore acheter avec vos tickets-restaurant