Pour Thomas Piketty, la suppression de l'ISF est "une lourde faute morale, économique et historique"

Rédaction Le HuffPost
La suppression de l'ISF,

POLITIQUE - Une transformation qui passe mal. L'ISF (impôt sur la fortune) tel qu'on le connaît va disparaître pour devenir un "impôt sur la fortune immobilière" (IFI), de façon à exempter de taxes les valeurs mobilières et les placements (actions, assurance-vie...).

Intégrée dans le projet de budget 2018, la mesure est censée stimuler l'activité en encourageant les contribuables les plus aisés à investir dans "l'économie réelle" et devrait entraîner un manque à gagner de près de 3,2 milliards d'euros pour l'État. De quoi faire monter au créneau la gauche, qui dénonce un "cadeau fiscal". D'autant que les "produits ostentatoires", tels que les yachts ou les jets privés, pourraient être exemptés - même si la majorité a l'intention d'y remédier.

"Totalement à côté de la plaque"

Parmi ces critiques, celle de Thomas Piketty ne passe pas inaperçue. Dans une chronique publiée par Le Monde ce samedi 7 octobre, l'économiste classé à gauche -il a notamment participé à la campagne présidentielle de Benoît Hamon- dénonce "une lourde faute morale, économique et historique. Cette décision montre une profonde incompréhension des défis inégalitaires posés par la mondialisation".

"Supprimer l'ISF en France aujourd'hui, près de quarante ans après l'arrivée au pouvoir de Reagan et Thatcher, est totalement à côté de la plaque", estime Thomas Piketty, qui souligne que "les plus hauts patrimoines se portent très bien en France". Entre 1980 et 2016, "le patrimoine des 1 % les plus fortunés, qui comprend plus de 70 % d'actifs financiers, est passé de 1,4 à 4,5 millions d'euros", s'indigne-t-il.

Et de conclure en qualifiant l'instauration à venir de l'IFI de "stratagème politique [...] pour éviter d'afficher une suppression sèche de l'ISF", avant d'appeler les députés à ne pas "se prêter à une telle mascarade". Le projet de budget 2018 doit être examiné en commission à l'Assemblée mardi 10 et mercredi 11 octobre.

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