Thomas Guénolé : "Jean-Luc Mélenchon s'est condamné au rétrécissement"

Ancien membre de la France insoumise, Thomas Guénolé accuse Jean-Luc Mélenchon de diriger le mouvement en

Marianne : Votre ouvrage (La chute de la maison Mélenchon, Albin Michel) décrit une France insoumise fonctionnant comme un "régime autoritaire" dirigée par un "autocrate", Jean-Luc Mélenchon. Comment en êtes-vous arrivé à un tel constat ?

Thomas Guénolé : Je suis arrivé à LFI en été 2017, très enthousiaste pour servir l'idéal politique du mouvement avec lequel je reste d'accord. J'ai été dans la situation de L'Idiot de Dostoïevski : ce personnage qui n'est mû que par l'idéal et tarde à voir ce qu'il devrait voir. Pendant un peu moins d'un an, je me suis consacré avec Manon Le Bretton au dispositif de formation politique des militants, sans contacts fréquents avec l'appareil central. Arrive l'été 2018 : je me porte volontaire pour être candidat aux élections européennes, acceptant une place non éligible dès le départ. Fin août, la placardisation de Charlotte Girard est un premier voyant rouge pour moi. A cet instant, je n'ai plus mes lunettes roses ; je commence, comme des milliers de militants, à entrer dans un processus de dissonance cognitive. Je détecte de plus en plus d'éléments dans la machine qui sont contraires à l'idéal affiché. Cela aboutit à une rupture quand la balance est trop déséquilibrée du côté négatif. Les purges me font prendre conscience que les lanceurs d'alerte sur le fonctionnement dictatorial sont calomniés, placardisés, bannis, ou un mélange des trois. Pendant les fêtes de fin d'année 2018, je me demande quand je dois partir, et pas si je dois partir. Je décide d'attendre juin 2019 parce que je ne voulais pas lâcher les militants de terrain en pleine bataille électorale. Rétrospectivement, c'était une erreur, j'aurais dû quitter la France insoumise dès janvier. Il me paraît évident que le procès interne qui m'a été fait sur la base d'un dossier vide avait pour but de disqualifier d'avance ma parole critique avant qu'elle devienne publique, en provoquant ma mort sociale par déshonneur.

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