Des militants irlandais protestent contre une tentative d'expulsion brutale dans un squat

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Le 27 octobre, des agents de sécurité privés et des policiers ont expulsé des militants d’un squat communautaire. Après un face-à-face de 10 heures, les militants ont repris le contrôle de l'immeuble et ont commencé à réparer les dégâts. Les habitants de l'immeuble et les militants affirment que l'expulsion a été d'une violence disproportionnée et qu'elle a détruit un espace habitable dans un pays confronté à une crise du logement et à une explosion du nombre de sans-abris.

Le 18 septembre, le groupe “That Social Centre” (“Ce centre social” en anglais) s’est installé dans un immeuble vide, situé au 23 Prussia Street (23 rue de Prusse), dans le nord-ouest de Dublin. Le lieu, baptisé “Sunnyvale” (“Vallée ensoleillée”), était à l’abandon depuis plus de dix ans.

Le 27 octobre au matin, des agents de sécurité privés se sont introduits dans le bâtiment, afin d’expulser les résidents. Mais ils les auraient en fait agressés et détruit leurs effets personnels.

En Irlande, 9,1% des logements sont vides : c'est le dixième pays comportant le plus de logements inoccupés ou abandonnés au monde (plus de 180 000 au total). En parallèle, le nombre de sans-abris explose dans le pays, en particulier dans la capitale, Dublin.

“Les résidents ont appelé la Gardaí, mais elle a défendu les hommes responsables de ces violences, plutôt que les résidents attaqués”

Jess Bernard est “agent de défense” pour la “Community Action Tenants Union” (“Action communautaire du syndicat des locataires”, en anglais). Elle aide à coordonner des événements pour le “That Social Centre”. Elle est arrivée à Sunnyvale environ une heure après le début de l’expulsion.

À 7 heures du matin [le 27 octobre], des hommes armés, incluant des adolescents, ont débarqué à Sunnyvale. Ils se sont introduits pendant que les gens dormaient encore dans leur lit et les ont violemment expulsés. Il n’y a eu aucune forme de mise en garde. Ils sont rentrés par effraction, en utilisant la force. J’ai été mise au courant avec d’autres gérants de la communauté, via Whatsapp.

Quand je suis arrivée, les gens étaient escortés à l’extérieur de la propriété par ces hommes. La Gardaí [police irlandaise] les appuyait activement. Ils ont été vraiment très violents. Les résidents ont appelé la Gardaí, mais elle a défendu les hommes responsables de ces violences, plutôt que les résidents attaqués. J’ai vu la Gardaí aider ces hommes à aller et venir dans la propriété, alors qu’ils venaient de détruire les affaires des résidents et ruinaient toute la propriété. La Gardaí escortait un peu les résidents pour récupérer ce qui restait de leurs affaires. Les gens étaient blessés, saignaient. Une foule composée de membres de la CATU et de locaux s’est alors mobilisée pour essayer de venir en aide aux gens qui venaient de se faire expulser.

La Gardaí a affirmé qu’un “propriétaire, conformément à une décision de justice, sécurisait les locaux et permettait aux gens de récupérer leurs effets personnels.”

Le propriétaire du site, le groupe McGrath, a dit au quotidien Irish Time qu’une décision de justice provenant du conseil municipal de Dublin l'obligeait à déloger les squatters afin d'éviter de "graves risques d'incendie et de sécurité".

Le groupe McGrath avait déposé une demande pour démolir le bâtiment et construire 160 appartements sur le site. Le projet, qui comprendra "une foule d’infrastructures résidentielles, notamment un café, une salle de cinéma, une salle de sport et une loge de concierge", devrait commencer fin 2022.

Les résidents de Sunnyvale et les défenseurs de la CATU affirment qu'ils n'ont jamais été informés de l'expulsion, que l'ordonnance du tribunal en question date de 2018, et que la démonstration de force et la destruction de biens étaient illégales et injustifiées.

“Les affaires personnelles ont été écrasées à coups de batte. Tout a été détruit'

Les habitants et les militants de Sunnyvale sont retournés dans le bâtiment après le départ du personnel de sécurité, pour le retrouver dans un triste état. Jess Bernard poursuit :

Après avoir fini de détruire la propriété, ces voyous se sont enfuis par le mur situé à l’arrière, tandis que les résidents sont rentrés par le toit de l’autre côté. Ils ont donc repris la propriété vers 17 heures, mais il y a toujours un risque que les hommes reviennent.

De l'huile avait été déversée sur les lits des gens. Le toit était complètement détruit, et lorsqu'il s’est mis à pleuvoir, plus tard dans la nuit, l'eau a déferlé dans le bâtiment. Les affaires personnelles des gens avaient été écrasées avec des battes. Tout était détruit. Ils ont fracassé les toilettes avec des battes pour que personne ne puisse les utiliser. Ils ont essayé d'ouvrir l'eau pour inonder la maison, donc il y a presque 3 cm d’eau dans toute la maison.

La destruction de la propriété visait à la rendre inhabitable pour que les gens ne reviennent pas. Ces abus et ces agressions étaient complètement injustifiés, c'est une tactique de peur pour s'assurer que les gens ne reviennent pas.

#DerelictIreland : des bâtiments abandonnés en série

Selon Jess Bernard, l’occupation du 23 Prussia Street visait principalement à offrir un lieu de vie aux sans-abris à Dublin, dont des migrants et jeunes transgenres.

Dublin est une ville pleine de logements inabordables, et il y a une explosion du nombre de sans-abris en ce moment. Partout où vous allez, vous voyez [des bâtiments vides]. Le conseil d'urbanisme accorde de plus en plus de permis pour des hôtels, des unités de cohabitation et des appartements à louer - ils ne créent pas de logements sécurisés, mais deviennent au contraire des centres de profit pour les promoteurs privés. De nombreux sites restent inoccupés parce que les promoteurs préfèrent qu'ils restent vides plutôt que de permettre aux gens d'y vivre.

Sur les réseaux sociaux, beaucoup ont partagé des images de bâtiments abandonnés ou hors d'usage dans le pays, via le hashtag #DerelictIreland.

Le nombre de sans-abris explose en Irlande, en particulier à Dublin, où vivent 70% des sans-abris du pays. On comptait au moins 8 000 personnes sans domicile en Irlande en juin 2021, et le nombre de personnes entrant dans des logements d'urgence a alerté ceux qui s’en occupent.

Le gouvernement a proposé et lancé plusieurs projets pour renouveler ou rénover des bâtiments vacants en logements subventionnés, mais peu de fonds ont été débloqués pour lancer leur développement.

Les militants et les habitants de Sunnyvale ont collecté des fonds pour réparer les dommages subis par la propriété, dans l'espoir d'y rester le plus longtemps possible et de relancer leurs activités communautaires.

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