Dans "The Irishman" de Scorsese, les effets spéciaux sont l'œuvre de ce Français

Nommé aux Oscars pour les effets spéciaux de “The Irishman”, Stéphane Grabli nous raconte les coulisses du tournage avec Scorsese (Photo: Netflix)

CULTURE - “C’est rare un projet de film avec un réalisateur comme Martin Scorsese, où la technologie est tellement cruciale pour l’histoire.” Nommé dans dix catégories aux Oscars, “The Irishman” est finalement reparti les mains vides. Une déception pour le Français Stéphane Grabli, en lice pour les “meilleurs effets spéciaux”, mais qui est tempérée par la prouesse technique que représente le long-métrage, sans oublier la collaboration avec le réalisateur et les acteurs de légende.

Pour réaliser “The Irishman” disponible sur Netflix, il aura fallu 8 mois de tournage… et quatre ans de travail de l’équipe d’Industrial Light and Magic (ILM), en charge des effets spéciaux. “Pablo Helman, superviseur des effets spéciaux de ‘The Irishman’ travaillait avec Martin Scorsese sur ‘Silence’. Ils parlaient de ce projet et Pablo a dit que c’était potentiellement quelque chose qu’on pouvait essayer”, raconte au HuffPost Stéphane Grabli, ingénieur recherche et développement chez ILM et “facial capture supervisor” pour le film de Scorsese.

Le projet en question, c’est la fameuse technique de “de-aging” qui permet de faire passer Robert de Niro, Al Pacino et Joe Pesci de 30 à 80 ans tout au long du film. Contrairement à la transformation de Mark Ruffalo en Hulk, où l’acteur se retrouve sur le tournage “en pyjama de motion-capture avec des points sur le visage et le casque”, Martin Scorsese a d’emblée exclu tout ce qui pouvait entraver le jeu de ses acteurs fétiches.

“C’est un film qui ne se prête pas à la capture avec casque. Il y a beaucoup de scènes très intimes, ça ne marcherait pas physiquement”, confirme Stéphane Grabli. Sans aucun doute, les fréquents échanges à voix basse, presque front contre front, entre Frank Sheeran et Russell Bufalino auraient été très gênés par un tel appareillage sur la tête des deux acteurs.

“Scorsese avait une attente très précise de ce que ça devait être”

Pour les ingénieurs de ILM comme Stéphane Grabli, le challenge était donc le suivant: inventer une nouvelle technique pour capturer les expressions des acteurs, créer un logiciel pour remettre le plus fidèlement possible ces expressions sur des visages de synthèse rajeunis ou vieillis (le “retargeting” dans le jargon du milieu) et enfin les transférer par-dessus l’image réellement tournée. 

Le tout, de façon indolore pour le public, mais aussi pour les acteurs qui - sur ordre express du réalisateur- ne devaient jamais avoir à se soucier des contraintes techniques. Et surtout (surtout!) que leur jeu ne soit pas modifié.

 

Pour le réalisateur, la question était toute tranchée: “Martin Scorsese était toujours plus pour préserver la performance, plutôt que de s’en éloigner pour avoir un résultat qui aurait l’air peut-être un peu plus jeune”, raconte Stéphane Grabli. “Il y a eu quelques allers-retours pour trouver le juste milieu.”

Silence, ça tourne!

Comme nous le confie l’ingénieur, l’essentiel du travail pour les effets spéciaux s’est en effet déroulé loin des plateaux de tournage, dans les locaux de ILM à San Francisco.

“Il y a plusieurs parties où on est en contact avec les acteurs”, indique-t-il cependant. La première se fait lors d’une séance où les acteurs sont “scannés”, pour “capturer leur géométrie, leur texture, leurs expressions, à leur âge actuel”. Ensuite, Stéphane Grabli a passé deux semaines sur le tournage pour s’assurer du bon fonctionnement des deux caméras supplémentaires installées pour pallier l’absence de casques de motion-capture. “Ensuite je suis retourné à ILM continuer à préparer l’arrivée des plans.”

Stéphane Grabli, tout à droite, le 10 février à la Résidence de France de Los Angeles. (Photo: Faye Sadou/Consulat français à Los Angeles)

 De ce tournage entre des légendes du grand écran, Stéphane Grabli retiendra avec amusement l’atmosphère silencieuse exigée par le réalisateur. “Un tournage avec Martin Scorsese, c’est un tournage qui est très silencieux, parce qu’il veut que tout soit très calme. Donc on a de grosses équipes, mais tout le monde travaille en silence”, s’amuse l’ingénieur, qui reconnait une certaine “pression” entre des acteurs “iconiques” et un réalisateur “révéré” et très “impliqué”.

“Pendant la postproduction, on a eu des rendez-vous avec lui toutes les semaines. Il est très impliqué, il va commenter… C’est classique de la part des réalisateurs, mais c’était une expérience intéressante de travailler avec lui”.

D’ailleurs, Oscars ou pas, Martin Scorsese était visiblement “content” de son film, en tout cas en ce qui concerne les effets spéciaux. Tout comme Stéphane Grabli qui voit dans la technique mise au point un “pas vers le futur”… qui a fait des émules. Selon l’ingénieur, deux autres films utilisant le procédé sont déjà sur le tapis. 

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