TF1 et M6 serrent les rangs avec une fusion anti-Netflix

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TF1 ET M6 SERRENT LES RANGS AVEC UNE FUSION ANTI-NETFLIX

par Mathieu Rosemain et Gwénaëlle Barzic

PARIS (Reuters) - TF1 et M6, les deux plus grands diffuseurs privés en France, sont entrés en négociations exclusives avec l'espoir que leur projet de créer un champion national, destiné à rivaliser avec les géants mondiaux de la vidéo à la demande, l'emportera sur les réserves de l'Autorité de la concurrence.

Lors de l'annonce lundi soir de leur projet de rapprochement, les deux groupes ont clairement indiqué qu'il était destiné à répondre aux "défis représentés par les plates-formes mondiales".

Ils ont assuré que ce projet était essentiel pour garantir l'indépendance à long terme de la création de contenus en français.

Un rapprochement entre TF1 et M6 donnerait au nouvel ensemble un contrôle sur les trois quarts du marché publicitaire à la télévision en France, un seuil susceptible d'alerter l'Autorité française de la concurrence.

Le nouvel ensemble disposerait également de neuf chaînes de télévision gratuite, ce qui l'obligerait à en céder au moins deux pour se conformer à la réglementation française qui fixe la limite à sept.

De source proche du dossier, on indique que les deux groupes ont sondé de manière officieuse l'autorité de régulation sur le sujet avant l'annonce de leur projet.

Sollicité, le régulateur de la concurrence français n'a pas répondu à des demandes de commentaire. L'Autorité avait cependant laissé entendre le mois dernier qu'un changement d'approche pourrait être nécessaire au regard de l'évolution du marché de la publicité.

Sur le marché publicitaire global, la part de la télévision française a par exemple reculé d'environ 25% en moyenne au cours des deux dernières années, d'après une note de Kepler Cheuvreux. Chez les jeunes générations, la place prise par la télévision traditionnelle est train d'être progressivement remplacée par le visionnage de séries, de films et d'émissions à la demande.

PERTINENCE DE LA RÉGLEMENTATION FRANÇAISE ?

Face à la concurrence des services de vidéo en ligne lancés par Netflix, Amazon ou Disney, d'autres groupes ont décidé de changer de stratégie. C'est le cas notamment de l'opérateur télécoms AT&T qui a annoncé lundi son intention de fusionner ses activités de médias avec l'opérateur de réseaux câblés et de services en ligne Discovery pour créer un géant des médias.

Dans le cadre du rapprochement entre TF1 et M6, le conglomérat Bouygues, propriétaire de la première chaîne privée française de télévision, prendrait le contrôle du nouvel ensemble avec une participation de 30%, tandis que l'allemand RTL, filiale de Bertelsmann, conserverait 16% de la nouvelle entité ainsi créée.

"D'un point de vue stratégique, l'objectif évident est de créer un champion national français disposant d'une taille susceptible de rivaliser avec les géants mondiaux du streaming", observe Ian Whittaker, un analyste indépendant.

Il note toutefois que l'entité issue d'un éventuel rapprochement entre les deux groupes, même avec une taille significative, restera un petit acteur comparé aux autres groupes.

Au sein de l'Autorité de la concurrence, un débat a lieu sur la pertinence de la réglementation française en matière de concurrence à l'aune des bouleversements en cours dans la télévision et la publicité, et plus particulièrement de la vente de M6.

Sa présidente, Isabelle de Silva, a déclaré le mois dernier aux sénateurs français qu'elle prendrait en compte les récents changements survenus dans la publicité en ligne si M6 devait être vendu.

"Celles-ci doivent-elles conduire à modifier le cadre d'analyse de l'Autorité de la concurrence et ses délimitations de marché ? Cela fait partie des sujets qui feront l'objet de toute notre attention", avait-elle dit.

Isabelle de Silva a par ailleurs estimé que certains éléments de la réglementation française en matière de concentration dans le secteur audiovisuel devaient être revus afin d'offrir aux entreprises, qui ne sont pas nécessairement présentes dans le secteur du divertissement, une marge d'investissement plus importante.

"Nous pensons qu'il faudrait remettre à plat l'ensemble du dispositif pour donner plus d'espace aux acteurs dans le choix de leur modèle de développement", avait-elle souligné.

(version française Claude Chendjou, édité par Jean-Stéphane Brosse)