Terres sauvages : la nature à la reconquête de la France

CORENTIN ESMIEU

La France vit un large mouvement de réensauvagement : les surfaces agricoles reculent, la forêt gagne du terrain et la faune s'enrichit d'espèces inédites. Mais certains veulent aller plus loin en créant de vastes espaces afin de réintroduire des herbivores comme le bison. Reportage dans la Drôme.

Cet article est extrait du mensuel Sciences et Avenir - La Recherche n°905-906, daté juillet-août 2022.

À gauche du cimetière de Saillans, dans la Drôme, grimpe un raidillon. C'est un chemin pour emprunter les pentes au pied de la montagne des Trois Becs. C'est aussi un moyen de remonter un siècle en arrière, un passé inscrit non pas dans la pierre mais dans le végétal. Notre guide, Gilles Rayé, sait nommer plantes et oiseaux. Naturaliste, ancien du ministère de l'Écologie, il est aujourd'hui le secrétaire de Rewilding France, la toute nouvelle association qui plaide pour qu'on laisse les espaces naturels évoluer librement. C'est aussi un enfant du pays. Et ce pays, il l'a connu complètement différent. Il s'est "réensauvagé" sans qu'on s'en soucie, jusqu'à ce que les questions de protection de la biodiversité et d'usage des terres ne deviennent un débat de société.

"Pas un seul de ces végétaux n'est ici par la volonté des humains"

Gilles Rayé montre "le cortège de la reconquête". Au sol, les touffes d'aphyllanthes de Montpellier couronnées de petites fleurs bleues et le thym témoignent d'un ancien paysage de prairies rases broutées par les chevaux et les moutons. Les viornes, les cornouillers sanguins, le nerprun alaterne trahissent la vigueur de la colonisation des buissons. Au-dessus d'eux, culminent les frondaisons des érables de Montpellier, des chênes pubescents, des pins sylvestres. Le milieu est désormais ombragé et les aphyllanthes, qui ont tant besoin de soleil, ne tiendront plus très longtemps avant de laisser la place aux plantes des sous-bois. "Pas un seul de ces végétaux n'est ici par la volonté des humains, se réjouit Gilles Rayé. Tout est revenu naturellement par des graines apportées par le vent ou les animaux. "

Il y a cent ans, le calcaire de ces reliefs du Vercors, du Diois, des Baronnies était à nu. L'agriculture en terrasses, le pâturage par les troupeaux avaient quasiment éradiqué le couvert végétal. "Les gens vivaient chichement et quand les v[...]

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