Terre plate, aliens, astrologie... Les jeunes de plus en plus perméables à la désinformation scientifique

(illustration) - PUNIT PARANJPE / AFP
(illustration) - PUNIT PARANJPE / AFP

Les auteurs de l'étude évoquent une "sécession d’une partie de la jeunesse avec le consensus scientifique". Une enquête de l'Ifop pour la fondation Reboot et la fondation Jean Jaurès publiée ce jeudi mesure la "porosité aux contre-vérités scientifiques" des 11-24 ans en France.

Aujourd'hui, seul un jeune sur trois estime que "la science apporte à l’homme plus de bien que de mal", contre plus de la moitié en 1972. La proportion jugeant que son apport à l’humanité est plus nocif que positif a triplé en quarante ans, marquant une véritable rupture générationnelle.

Terre plate, sorcellerie, extraterrestres, hydroxychloroquine... À travers une diversité de sujets et de théories, l'étude montre la défiance croissante de la jeunesse à l'égard de la science et, par conséquent, le refuge que constituent les parasciences et l'occultisme.

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Le poids de la religion

Marginale chez les seniors (3%), l’idée que la Terre puisse être plate est partagée par 16% des 18-24 ans. Un chiffre très surprenant qui illustre la vision du monde qu'ont certains jeunes, même s'ils ne sont pas majoritaires. À titre d'exemple, plus d'un sur quatre conteste la théorie de l'évolution.

Ainsi, l'idée selon laquelle les humains ne sont pas le fruit d'une longue évolution mais ont été créés par une force spirituelle, comme Dieu par exemple, fait deux fois plus d'adeptes chez les jeunes que chez leurs aînés: 27% contre 18%.

L'étude de l'Ifop montre un important prisme religieux dans l'adhésion aux différentes "vérités alternatives" présentées par l'institut aux sondés. Par exemple la thèse du créationnisme est soutenue à 60% par les personnes croyantes et religieuses, contre 12% chez les athées. Une proportion qui monte à 71% chez les personnes musulmanes. Ceux pour qui "il est possible que la Terre soit plate et non pas ronde comme on nous le dit depuis l'école" présentent sensiblement le même profil.

Vaccino-scepticisme, hydroxychloroquine et plantes

Une partie de la jeunesse est méfiante envers la science et les institutions scientifiques en général. Dans un contexte marqué par la pandémie de Covid-19, l’efficacité de l’hydroxychloroquine comme traitement est aujourd’hui reconnue par un quart des 18-24 ans.

De la même manière, ils sont près d'un tiers à partager l’idée selon laquelle "les vaccins à ARN-messager génèrent des protéines toxiques qui causent des dommages irréversibles dans les organes vitaux des enfants", selon ce sondage de l'Ifop.

Conséquence de cette vision, les jeunes sont nombreux à se tourner vers d'autres méthodes médicales. Sur les réseaux sociaux notamment, on peut trouver beaucoup de conseils ou de remèdes miracles contre tout type de pathologie ou difficulté. L'idée que l'on peut "avorter sans risque avec des produits à base de plantes" est partagée par un quart des jeunes et jusqu’à plus d’un tiers (36%) des utilisateurs pluriquotidiens des réseaux sociaux.

Intérêt croissant pour la mancie

Face à cette tendance, les jeunes sont de plus en plus attirés par ce que l'on nomme les pseudo-sciences, "qui leur donnent une vision enchantée et simplifiée du monde", analysent les auteurs de l'enquête de l'Ifop.

À titre d'illustration, 49% des jeunes estiment aujourd’hui que "l’astrologie est une science", un chiffre élevé mais qu'il l'est également chez les seniors avec 41%. Au-delà de l'astrologie, d'autres disciplines de "mancie" ou d'occultisme sont de plus en plus prisées par les jeunes.

Ils sont deux sur trois à croire à au moins une discipline: 48% dans les esprits, 38% dans les prédictions des voyants, 36% dans la sorcellerie, 23% dans les fantômes ou encore 13% dans les marabouts. Des proportions très largement au-dessus de celles de leurs aînés.

Les femmes se montrent plus réceptives à ce type de pratiques: 71% croient en au moins une discipline de mancie, contre 50% des hommes. On retrouve ici encore un important facteur religieux dans le profil sociologique de ces jeunes avec 67% des musulmans et 69% des catholiques interrogés qui adhèrent à au moins une discipline de mancie, contre 53% des athées.

L'impact des réseaux sociaux

Les chercheurs auteurs de cette étude pointent également du doigt l'impact des réseaux sociaux sur ces croyances, "les désordres informationnels de l’ère Internet venant sans doute accentuer la perméabilité traditionnelle des jeunes générations".

Deux tiers des Tiktokeurs pluriquotidiens adhèrent à au moins une discipline de mancie, contre 52% des jeunes n’utilisant pas cette application. Des différences que l'on retrouve également pour les autres "contre-vérités", les réseaux constituant un lieu où leurs partisans trouvent une grande liberté pour populariser leurs thèses.

Une observation que l'on retrouve lorsque l'on apprend que 19% des jeunes âgés de 18 à 24 ans souscrivent à l’idée que "les pyramides égyptiennes ont été bâties par des extraterrestres" ou que "les Américains ne sont jamais allés sur la Lune". Des théories complotistes très partagées sur Internet.

Les résultats de cette étude peuvent étonner, d'autant plus venant d'une génération toujours à l'école ou qui en sort tout juste. Si les chercheurs admettent l'influence d'un "effet d'âge" qui peut s'estomper avec le temps, ils mettent en garde contre le risque de cette désinformation à long terme.

Article original publié sur BFMTV.com