"Terre Agitée", un documentaire qui fait de la création filmique un mode d'investigation sociale

Caterina Pasqualino
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"Terre Agitée", un documentaire qui fait de la création filmique un mode d'investigation sociale

En Andalousie, des individus déshérités ont donné sens à leur vie en s'appropriant une immense décharge illégale pour la transformer en potager.

La longue crise économique qui sévit en Europe occidentale a poussé de très nombreux employés vers la pauvreté. Ils sont montrés avec justesse comme les victimes d'un système économique oppresseur. Bien que pertinent, ce type d'argument les réduit à une sorte de fatalité socio-économique et fait l'impasse sur leur vie intérieure.

Or certains groupes réagissent à leur situation désespérée en réinventant loin des sentiers battus un univers qui leur est propre. C'est le cas en Andalousie d'une poignée d'individus déshérités depuis la crise de la fin des années 2000 et vivant dans la périphérie de Grenade. Ils ont donné sens à leur vie en s'appropriant une immense décharge illégale à ciel ouvert pour la transformer en un potager collectif resplendissant. Ce monde est à leurs yeux volontairement clos pour les protéger des vicissitudes d'un monde contemporain qui les rejette. Mieux: il se présente comme la réinvention d'un monde sous la forme d'un "paradis terrestre", réactualisation d'une image archétypale qui a hanté le monde occidental depuis des millénaires. Au-delà de la faible valeur marchande des produits de leur maraîchage, contre toute attente ces "gens de peu" se sont ressourcés à partir d'une culture populaire beaucoup plus riche que l'on ne se l'imagine, s'enracinant dans la poésie épique et dans le mythe du grand poète Garcia Lorca.

Dans le film documentaire que Chiara Ambrosio et moi-même avons tourné sur ce sujet, les trois principaux protagonistes –Antonio, Santiago et Oscar- expriment la dureté de leur vie. Ils font face à la sécheresse de la terre qu'ils cultivent, mais conjurent aussi l'histoire de la "Terre agitée" sur laquelle ils ont vécu. Non loin du grand potager qu'ils ont créé se trouvent les fosses communes où ont été enterrés en 1937 les Républicains exécutés par les milices franquistes. Pour exprimer ce vécu douloureux, nos caméras ont "accouché la parole". Poussée dans leurs retranchements, à plusieurs reprises la conversation se fait...

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