"Une tentative de censure": passe d'armes entre LaREM et un éditeur pour récupérer enmarche2022.fr

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Une passe d'armes en bonne et due forme. Alors que la République en marche aimerait pouvoir utiliser le nom de domaine enmarche2022.fr, la maison d'édition qui le possède et qui a publié des ouvrages satiriques sur Emmanuel Macron, dénonce "une tentative de censure". A l'origine des tensions entre ces deux entités, l'approche de la présidentielle.

"On fait en ce moment un tour de l'écosystème des noms de sites et donc nous sommes tombés sur le site d'ANT Éditions", explique la République en marche.

Un site qui publie des BD satiriques sur le quinquennat Macron

Le nom de domaine enmarche2022.fr est utilisé depuis trois ans par cette maison d'édition spécialisée dans la bande dessinée. Il renvoie à la BD en cinq tomes intitulée "Vivre en macronie" du dessinateur Allan Barte. A destinée humoristique, ces ouvrages "livrent un regard critique et plein d’humour sur cette vaste scène politique", explique le site de l'entreprise littéraire.

Pour le service juridique de LaRem, l'enjeu est d'importance. Pas question en effet qu'un internaute qui tape "LaREM 2022" puisse tomber sur un site fantaisiste. Enmarche2027.fr renvoie par exemple au site d'information Mediapart. A chaque fois qu'un internaute s'y rend, il est dirigé vers un article aléatoire du site d'information, mais toujours sur le sujet du quinquennat.

Alors que ce site était passé sous les radars de la macronie depuis sa création en 2019, l'organe politique souhaite désormais récupérer ce nom de domaine et passe par l'Afnic (Association française pour le nommage Internet en coopération). Ce registre des noms internet en France, qui fait l'intermédiaire en cas de contestation sur un nom de domaine entre son utilisateur et la personne ou l'entreprise qui souhaite le récupérer, transmet alors le courrier de l'avocat qu'elle a reçu à ANT Éditions.

"Volonté de nuisance" pour l'avocat de LaRem

A la surprise totale de l'éditeur, assure l'entreprise littéraire.

"Un simple coup de fil de leur part aurait suffit pour qu'on leur rende. Mais ils ont préféré directement envoyer ce gros dossier, et pour être honnête, le contenu nous a posé problème", déclare Anthony Roux, l'éditeur d'Allan Barte, interrogé par BFMTV.com.

Morceaux choisis de cette lettre rédigée par le conseil juridique de la LaREM:

"L'objet unique" de "cette activité de diffusion d'ouvrages est de porter atteinte à la réputation de LaREM et de Monsieur Emmanuel Macron. (...) Elle a pour unique but de nuire à la réputation" de la majorité présidentielle (...) Cette volonté de nuisance est d'autant plus manifeste (..) que figurent des images de caricature" d'Emmanuel Macron.

Le ton de la lettre du conseil juridique déplaît à la maison d'édition qui décide alors de se fendre d'une lettre ouverte qu'on peut lire en ligne sur... enmarche2022.fr.

Critique des caricatures

"Les lignes (adressées par l'avocat du parti) ont choqué car ces propos laissent entendre que le souci ne vient pas du nom de domaine en lui-même mais bien de la caricature et de la parodie", explique ainsi ANT Éditions.

"Le dossier ne portait pas que sur le nom de domaine, mais aussi sur les caricatures. Ils jugent qu'elles "portent atteinte au candidat: ce n'est ici pas le sujet du conflit. Pour moi, c'est le droit à la caricature et à la parodie qui est engagé. On s'attend à autre chose de la part d'un parti présidentiel", regrette Anthony Roux, le fondateur de la maison d'édition, auprès de BFMTV.com.

Depuis cette lettre ouverte, c'est silence radio de la part de LaREM aux sollicitations de la maison d'édition. "J'ai tenté de contacter plusieurs membres de la majorité depuis, mais sans succès", regrette le patron d'ANT Éditions.

Et l'éditeur d'évoquer la visite d'Emmanuel Macron au festival international de la bande dessinée d'Angoulême en janvier 2020. Le président avait posé tout sourire aux côtés du dessinateur Jul qui venait de lui offrir un tee-shirt sur lequel on voit un chat éborgné et une inscription "LBD 2020".

Décision dans un mois

L'artiste avait alors voulu dénoncer les mutilations dont ont été victimes des Gilets jaunes à cause des lanceurs de balles de défense utilisés par les forces de l'ordre.

Du côté de LaREM, on précise "ne pas être du tout dans une guerre avec cette maison d'édition". "Nous n'avons aucune volonté de censure à aucun moment", précise encore le parti.

L'AFNIC, qui n'a pas souhaité commenter l'affaire auprès de notre antenne, devrait rendre sa décison d'ici la fin du mois de janvier.

Article original publié sur BFMTV.com

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