Tension entre l'Iran et les Etats-Unis: Trump «continue d'acculer» les Iraniens

Le président américain a infligé de nouvelles sanctions à l'Iran, déjà soumis à un strict embargo américain. Elles visent notamment le Guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei et plusieurs hauts gradés des Gardiens de la révolution. Le Conseil de sécurité de l'ONU appelle au dialogue. Il n'en est pas question pour l'heure répond l'ambassadeur iranien à l'ONU : « On ne dialogue avec quelqu'un qui vous menace, qui vous intimide » a--t il déclaré. Que penser de cette escalade, décryptage avec Benjamin Hautecouverture, chercheur à la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS).RFI : Benjamin Hautecouverture, les dernières déclarations iraniennes sur la fermeture permanente de la diplomatie entre Téhéran et Washington, est-ce qu’il faut lire cela au premier degré ou plutôt comme une surenchère, comme un effet d’annonce de plus ?Benjamin Hautecouverture : Non, nous sommes effectivement toujours dans la surenchère et dans l’effet d’annonce. Les voies diplomatiques ne sont pas fermées, ni d’un côté, ni de l’autre. Mais c’est une manière pour Téhéran de montrer qu’ils ne cèdent pas au dialogue de la force et au surcroît de tensions décidées par l’imposition de nouvelles sanctions ciblées hier (lundi 24 juin) par le président américain. Nous savons aussi que, la prochaine étape pourrait être l’annonce par Téhéran, dans les jours à venir, que l’Iran a effectivement dépassé le plafond autorisé par l’accord nucléaire de juillet 2015, s’agissant de la quantité d’uranium faiblement enrichi à 3,67 %, en stock dans le pays. L’annonce avait été faite le 20 mai et réitérée début juin. Donc, ce pourrait être aussi un nouvel argument à Téhéran pour montrer qu’il ne cède pas à l’imposition américaine de la force. Mais je ne crois pas que le dialogue diplomatique soit fermé.Et quand Donald Trump dit désormais s’en prendre à l'ayatollah Khamenei, à plusieurs hauts gradés des Gardiens de la révolution, -on sait aussi que le ministre des Affaires étrangères est dans le viseur-, est-ce qu’aujourd’hui cela signifie que la ligne jaune est franchie ? Est-il symbolique de viser ces personnalités?Oui, c’est très symbolique. Et en effet, la portée des nouvelles sanctions ciblées américaines est essentiellement symbolique et politique dans ce rapport des forces en présence. Les États-Unis indiquent qu’ils ne lâcheront rien non plus ; c’est également une façon de pousser l’Iran à la faute, d’une certaine manière, même si ce serait le scénario du pire, mais pour fournir au président américain la possibilité (plus tard, dans le timing électoral américain entre 2019 et l’automne 2020), d’une option de frappe armée américaine, qui serait alors jugée légitime par l’électorat de Donald Trump.Téhéran accuse les États-Unis de guerre économique ; de son côté Washington lancerait des cyberattaques contre le système informatique du corps des Gardiens de la révolution. Donc les deux pays sont, de fait, dans un état de guerre larvée. Mais la portée de ces nouvelles sanctions est essentiellement symbolique. Les sanctions financières ciblées de gels d’avoirs iraniens datent de novembre 1979, prises par une décision du président Carter à l’époque. Cela a quarante ans, cela fait longtemps que les Iraniens vivent avec.C’est un un levier utilisé très régulièrement. Quand vous parlez, Benjamin Hautecouverture, peut-être d’un risque de frappe aérienne qui s’inscrirait dans ce timing électoral pour Donald Trump et qui pourrait être légitimé, est-ce que l’on pourrait concrètement en arriver là ?Je pense que oui, c’est possible. C’est-à-dire que, c’est une option, c’est un scénario qui est envisageable aujourd’hui.Pourquoi ? Parce que le président américain laisse en réalité très, très peu de place au dialogue. En mettant totalement à genou la partie iranienne, il s’empêche, en réalité, de leur donner une possibilité de sortir de cette crise par le haut. Donc, il continue de les acculer. Il continue de les « corneriser ».Et nous avons un peu le sentiment qu’il veut les pousser à la faute. Une première faute qui d’une certaine manière aurait été faite avec l’affaire du drone. Les États-Unis ont fait mine de réagir avec retenue, mais ce faisant, ils se donnent le beau rôle. Le rôle de la victime et non pas de celui qui agresse. Si deux-trois événements comme cela arrivaient, cela pourrait donner des arguments aux faucons américains pour, enfin, pouvoir lancer une attaque armée contre l’Iran, ce qu’ils souhaitent depuis fort longtemps dans l’entourage du président américain.Mais la question qui se pose, est celle de savoir si Donald Trump est un chef de guerre. Et cela, ce n’est pas sûr du tout. Parce qu’on l’a vu avec la Corée du Nord, déjà, le président américain est quelqu’un qui sait rester prudent au bord des gouffres, même s’il affectionne les différentes autres formes de conflits.

Le président américain a infligé de nouvelles sanctions à l'Iran, déjà soumis à un strict embargo américain. Elles visent notamment le Guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei et plusieurs hauts gradés des Gardiens de la révolution. Le Conseil de sécurité de l'ONU appelle au dialogue. Il n'en est pas question pour l'heure répond l'ambassadeur iranien à l'ONU : « On ne dialogue avec quelqu'un qui vous menace, qui vous intimide » a--t il déclaré. Que penser de cette escalade, décryptage avec Benjamin Hautecouverture, chercheur à la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS).

RFI : Benjamin Hautecouverture, les dernières déclarations iraniennes sur la fermeture permanente de la diplomatie entre Téhéran et Washington, est-ce qu’il faut lire cela au premier degré ou plutôt comme une surenchère, comme un effet d’annonce de plus ?

Benjamin Hautecouverture : Non, nous sommes effectivement toujours dans la surenchère et dans l’effet d’annonce. Les voies diplomatiques ne sont pas fermées, ni d’un côté, ni de l’autre. Mais c’est une manière pour Téhéran de montrer qu’ils ne cèdent pas au dialogue de la force et au surcroît de tensions décidées par l’imposition de nouvelles sanctions ciblées hier (lundi 24 juin) par le président américain. Nous savons aussi que, la prochaine étape pourrait être l’annonce par Téhéran, dans les jours à venir, que l’Iran a effectivement dépassé le plafond autorisé par l’accord nucléaire de juillet 2015, s’agissant de la quantité d’uranium faiblement enrichi à 3,67 %, en stock dans le pays. L’annonce avait été faite le 20 mai et réitérée début juin. Donc, ce pourrait être aussi un nouvel argument à Téhéran pour montrer qu’il ne cède pas à l’imposition américaine de la force. Mais je ne crois pas que le dialogue diplomatique soit fermé.

Et quand Donald Trump dit désormais s’en prendre à l'ayatollah Khamenei, à plusieurs hauts gradés des Gardiens de la révolution, -on sait aussi que le ministre des Affaires étrangères est dans le viseur-, est-ce qu’aujourd’hui cela signifie que la ligne jaune est franchie ? Est-il symbolique de viser ces personnalités?

Oui, c’est très symbolique. Et en effet, la portée des nouvelles sanctions ciblées américaines est essentiellement symbolique et politique dans ce rapport des forces en présence. Les États-Unis indiquent qu’ils ne lâcheront rien non plus ; c’est également une façon de pousser l’Iran à la faute, d’une certaine manière, même si ce serait le scénario du pire, mais pour fournir au président américain la possibilité (plus tard, dans le timing électoral américain entre 2019 et l’automne 2020), d’une option de frappe armée américaine, qui serait alors jugée légitime par l’électorat de Donald Trump.

Téhéran accuse les États-Unis de guerre économique ; de son côté Washington lancerait des cyberattaques contre le système informatique du corps des Gardiens de la révolution. Donc les deux pays sont, de fait, dans un état de guerre larvée. Mais la portée de ces nouvelles sanctions est essentiellement symbolique. Les sanctions financières ciblées de gels d’avoirs iraniens datent de novembre 1979, prises par une décision du président Carter à l’époque. Cela a quarante ans, cela fait longtemps que les Iraniens vivent avec.

C’est un un levier utilisé très régulièrement. Quand vous parlez, Benjamin Hautecouverture, peut-être d’un risque de frappe aérienne qui s’inscrirait dans ce timing électoral pour Donald Trump et qui pourrait être légitimé, est-ce que l’on pourrait concrètement en arriver là ?

Je pense que oui, c’est possible. C’est-à-dire que, c’est une option, c’est un scénario qui est envisageable aujourd’hui.

Pourquoi ? Parce que le président américain laisse en réalité très, très peu de place au dialogue. En mettant totalement à genou la partie iranienne, il s’empêche, en réalité, de leur donner une possibilité de sortir de cette crise par le haut. Donc, il continue de les acculer. Il continue de les « corneriser ».

Et nous avons un peu le sentiment qu’il veut les pousser à la faute. Une première faute qui d’une certaine manière aurait été faite avec l’affaire du drone. Les États-Unis ont fait mine de réagir avec retenue, mais ce faisant, ils se donnent le beau rôle. Le rôle de la victime et non pas de celui qui agresse. Si deux-trois événements comme cela arrivaient, cela pourrait donner des arguments aux faucons américains pour, enfin, pouvoir lancer une attaque armée contre l’Iran, ce qu’ils souhaitent depuis fort longtemps dans l’entourage du président américain.

Mais la question qui se pose, est celle de savoir si Donald Trump est un chef de guerre. Et cela, ce n’est pas sûr du tout. Parce qu’on l’a vu avec la Corée du Nord, déjà, le président américain est quelqu’un qui sait rester prudent au bord des gouffres, même s’il affectionne les différentes autres formes de conflits.