Tennis: Naomi Osaka, la nouvelle patronne?

·5 min de lecture

Naomi Osaka est qualifiée pour la finale de l'Open d'Australie qui aura lieu le samedi 20 février. La Japonaise a facilement dominé, jeudi 18 février, Serena Williams en deux sets vite expédiés (6-3, 6-4). Elle visera face à l'Américaine Jennifer Brady un quatrième sacre en Grand Chelem.

Elle n’avait que 20 ans quand elle étonnait déjà son monde en finale de l’US Open. C’était en 2018. La Japonaise avait tenu le choc face à la grande Serena Williams. Naomi Osaka remportait son premier Grand Chelem.

Cette fois, dans la peau de la favorite, Osaka a parfaitement tenu son rang en brisant la quête de Serena Williams, 39 ans, d'un 24e sacre historique en Grand Chelem en demi-finales de l'Open d'Australie, jeudi 18 février à Melbourne. Osaka, troisième mondiale, visera elle un quatrième trophée majeur face à la nouvelle venue américaine Jennifer Brady.

« J'étais nerveuse et j'avais peur au début du match, a avoué Osaka. C'est toujours un honneur de jouer contre elle et je ne voulais pas que ça se passe très mal. » Elle poursuit : « Quand j'étais petite, je la regardais jouer, et le simple fait d'être sur le court face à elle, c'est un rêve pour moi. »

Timide et discrète, jusqu'à la mort de George Floyd

Osaka ressemble de plus en plus à la patronne que se cherche le circuit féminin. À chaque fois que l’ex-numéro une mondiale a franchi les huitièmes de finale en Grand Chelem, elle a triomphé systématiquement. C'est arrivé trois fois jusque-là, à l'US Open 2018 et 2020, et à l'Open d'Australie 2019. Des six trophées qui garnissent son palmarès depuis sa révélation en 2018, la moitié concernent des tournois majeurs. « Je voulais être la première personne japonaise à gagner un Grand Chelem. C'était mon but. Bien sûr, c'est valorisant de voir ton nom sur un trophée, sur un mur, mais je pense plus grand que cela maintenant », a-t-elle déclaré après sa victoire face à Serena Williams.

Née à Osaka au Japon, d’un père haïtien et d’une mère japonaise, Naomi Osaka vit aux États-Unis depuis l’âge de 3 ans. Jusqu’à la mort de George Floyd en 2020, Naomi Osaka, timide et discrète, ne s’exprimait pas sur ses origines. Mais les images de l’arrestation violente de cet homme noir aux mains de policiers blancs, dans la ville de Minneapolis dans le Minnesota, ont fait sortir la jeune femme de sa réserve. « Fini la timidité. J’aurais dû partager plus souvent mes opinions », avait-elle déclaré alors.

À chaque match de l’US Open 2020, la joueuse avait décidé de porter un masque (contre le coronavirus) avec le nom d’une victime africaine-américaine morte à la suite de violences racistes ou tuée par les forces de l’ordre. Osaka appelle activement à soutenir le mouvement Black Lives Matter (« Les vies noires comptent ») et à manifester aux États-Unis et dans le monde entier. Elle refuse en bloc l’idée que les athlètes ne doivent pas s’impliquer en politique. Son engagement, pris dans une lutte pour les droits sociaux et civiques, a largement contribué à la construction de son image publique.

Un tacle à Yoshiro Mori, ancien Premier ministre

Il y a quelques jours, Naomi Osaka n’a pas non plus manqué de réagir aux propos sexistes de Yoshiro Mori, ancien Premier ministre âgé de 83 ans, président du comité d'organisation des Jeux olympiques de Tokyo, qui a dû démissionner. Yoshiro Mori avait avancé que « les conseils d'administration avec beaucoup de femmes prennent beaucoup de temps ». Selon Yoshiro Mori, les femmes présentes avaient « du mal à finir » leurs interventions, ce qui est « embêtant ». « Je pense que c'est vraiment la déclaration d'un ignorant. Les gens qui font ce type de déclarations devraient se renseigner sur ce dont ils parlent », avait répliqué la joueuse en conférence de presse, deux jours avant le début de l'Open d'Australie.

Naomi Osaka a salué ce jeudi la nomination de l'ancienne ministre olympique Seiko Hashimoto à la tête du comité d'organisation des Jeux olympiques de Tokyo à la place de Yoshiro Mori.

Joueuse la mieux payée du circuit

En 2020, Naomi Osaka a été la joueuse de tennis la mieux payée du circuit féminin avec notamment de juteux contrats de publicité. Le magazine Sports Illustrated l'avait incluse parmi les athlètes militants, aux côtés du basketteur Lebron James.

Naomi Osaka a aussi investi dans la National Women’s Soccer League (NWSL), première division du soccer féminin nord-américain. Le Courage de la Caroline du Nord a annoncé en janvier dernier que la vedette du tennis était devenue actionnaire de l’équipe. « C’est grâce aux femmes qui ont investi en moi quand j’étais jeune que je suis celle que je suis aujourd’hui, et je ne peux pas m’imaginer ce qu’aurait été ma vie sans elles, a déclaré Osaka dans un communiqué. Mon investissement dans le Courage de la Caroline du Nord va plus loin que l’équipe. J’investis dans des femmes extraordinaires, des modèles et des meneuses qui inspirent toutes les jeunes athlètes. »

Aujourd’hui, Naomi Osaka, première femme asiatique à avoir occupé la place de N1 mondiale en simple, affole les réseaux sociaux avec deux millions d’abonnés sur son compte Instagram. Sa notoriété dépasse désormais le périmètre des courts de tennis.