Tempête Aurore: pourquoi la force du vent a pris de nombreux Français par surprise

·6 min de lecture

MÉTÉO - Être vigilant à l’orange, mais ne pas sous-estimer l’alerte jaune. La tempête Aurore a fait des dégâts entre la nuit de mercredi à ce jeudi 21 octobre. Plus de 250.000 foyers ont été privés d’électricité et la circulation des trains a été perturbée dans le nord de la France, principalement en Normandie, en raison des vents violents qui ont balayé le pays dans la nuit.

Environ 3000 techniciens étaient mobilisés sur le terrain ce jeudi et la force d’intervention rapide de la filiale d’EDF a été déclenchée.

Il faut dire que malgré l’alerte orange, la puissance de la tempête en a surpris plus d’un cette nuit, de nombreux internautes faisant part de leur insomnie à cause de la violence des vents, comme vous pouvez le voir dans notre vidéo en tête d’article.

Une tempête plus violente que prévu et une alerte orange en pleine nuit

“La tempête Aurore a été plus violente que prévu”, annoncent deux spécialistes météo de BMTV et LCI, évoquant des rafales à 109 km/h à Paris et à 175 km/h sur la côte normande. Contactée par Le HuffPost, Météo France précise toutefois que malgré ses rafales puissantes, la tempête Aurore reste une “tempête courante pour la période”.

À titre de comparaison, “109 km/h au parc Montsouris à Paris, c’est encore loin du record du 26 décembre 1999 et ses rafales à 169 km/h, tempère Météo France. Quant aux rafales à 153 km/h en haut de la tour Eiffel, qui est un point à prendre avec précaution puisque très en hauteur, ce même jour de décembre 1999 on enregistrait des rafales à 209 km/h”.

Alors pourquoi cet effet de surprise au passage de la tempête cette nuit? Du côté du site de prévision, les bulletins de vigilances avaient été lancés dès mercredi à 6h du matin avec le placement de trois départements en vigilance orange.

Dans l’après-midi de mercredi, neuf départements du nord-ouest avaient eux aussi basculé. Mais plus tard, dans la nuit, la tempête s’est déplacée vers l’est, touchant notamment l’Île-de-France, la Seine-et-Marne, l’Oise, la Marne et la Seine-Maritime. Il faudra attendre 4h30 du matin pour que Météo France place huit autres départements en alerte orange, menant à 17 le nombre total de départements concernés.

“La vigilance orange pour certains départements a été lancée dans la nuit de mercredi à jeudi au vu de rafales supérieures aux prévisions de l’ordre de 10 à 20 km/h et de la trajectoire plus sud que prévu de la dépression”, nous explique Météo France. Certes, cette alerte est arrivée au milieu de la nuit alors les gens dormaient, ces derniers ne pouvant donc pas prendre conscience de l’évolution de la vigilance. Toutefois, la veille, “de nombreux départements se trouvaient déjà en alerte jaune aux vents violents, premier stade de la vigilance. Plusieurs bulletins et cartes ont été diffusées indiquant un vent conséquent, des rafales fortes et que la tempête Aurore se décalerait vers l’Est en gardant une force soutenue”, nous rappelle-t-on.

Pour rappel, il existe quatre niveaux de vigilance: le vert, le jaune, l’orange et le rouge. En cas de vigilance jaune, il est indiqué: “Soyez attentif si vous pratiquez des activités sensibles au risque météorologique ; des phénomènes habituels dans la région mais occasionnellement dangereux (ex: mistral, orages d’été) sont prévus; tenez-vous au courant de l’évolution météorologique”.

Une tendance à sous-estimer les alertes?

Les Français auraient-ils tendance à sous-estimer la vigilance jaune? En 2018 lors des inondations dans l’Aude, cette observation avait été faite et rapportée par le gouvernement... mais pour le niveau au-dessus, la vigilance orange.

Le porte-parole du ministère de l’Intérieur avait en effet jugé que la portée de la vigilance orange avait pu ne pas avoir été bien comprise par les habitants. “Il y a une fragilité au niveau de la vigilance orange -on l’a vu avec la neige qui est tombée sur l’Île-de-France il y a quelques mois-, qui est très souvent utilisée et quand il y a un vrai problème, les gens n’en tiennent plus compte”, avait lancé Frédéric de Lanouvelle.

“Les alertes météo sont devenues comme un ronron, confirmait alors le prévisionniste Guillaume Séchet, interrogé par Le HuffPost. Il y a toujours une alerte météo, et toutes se noient dans des tas d’informations”.

“Malheureusement, nous constatons aujourd’hui une banalisation de la vigilance orange, regrettait également de son côté Loïc Spadafora, prévisionniste d’Agate Météo contacté par 20 Minutes. De nombreux habitants se disent ‘encore une vigilance orange, on est habitué, c’est bon, on peut’. Ils minimisent malheureusement le risque, tant que l’alerte rouge n’est pas activée”. Si la tendance est à sous-estimer l’alerte orange, la jaune devrait l’être encore plus.

Questionné à ce sujet, Météo France rappelle que “la vigilance jaune est le premier stade de la vigilance qu’il ne faut jamais négliger. Des phénomènes peuvent être localement dangereux et il faut être attentif si l’on pratique des activités sensibles”.

Vers un affinage du système d’alerte

Le système de vigilance, qui va fêter ses 20 ans, a été déjà largement amélioré depuis sa naissance en 2001. Avant les tempêtes de 1999, seuls quelques phénomènes étaient couverts, mais aujourd’hui ils sont au nombre de neuf.

Le site de prévision météo explique au HuffPost que le dispositif de vigilance est “en évolution constante” afin d’être encore plus précis dans les années à venir -et donc d’avoir plus d’impact auprès de la population. Il est ainsi question d’une mise en place progressive d’une “vigilance infradépartementale pour certains phénomènes” en 2022. C’est-à-dire une découpe des départements en zones plus réduites, afin d’affiner le ciblage des endroits à passer sous alerte. Météo France compte également sur ses deux nouveaux supercalculateurs couplés à l’amélioration des modèles numériques et aux progrès de la recherche, pour mieux anticiper les phénomènes météo. Le but: mieux anticiper et mieux prévenir pour sauver des vies.

Quoi qu’il en soit, quelle que soit la couleur, si votre département passe en vigilance, c’est qu’il faut être prudent.

À voir également sur Le HuffPost: Grêlons, tornade, crues… Sydney et sa région touchées par une impressionnante tempête

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

LIRE AUSSI

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles