Tchad: Saleh Kebzabo veut aller seul à la présidentielle

·3 min de lecture

Au Tchad, Saleh Kebzabo confirme que son parti, qui se retire de l'Alliance Victoire de l'opposition, l'a désigné, hier vendredi 12 février, candidat à la présidentielle du 11 avril 2021. Les partisans du chef de file de l'UNDR n'avaient que très peu goûté le choix, en début de semaine, de Théophile Bongoro, un notaire de 55 ans, néophyte en politique, comme candidat unique de ce regroupement de quinze partis. Ils y voyaient une manœuvre du pouvoir et dénonçaient un vote acheté.

Des accusations que réitère Saleh Kebzabo qui estime entrer en campagne pour montrer son respect des militants de son parti : « Je décris ce mécanisme de fraude, et je vous dis que c’est le parti qui était en danger, ce n’est pas la personne de Kebzabo. Kebzabo, ce n’est rien du tout, dit-il. C’est le MPS [Mouvement patriotique du salut, au pouvoir] qui a conçu tout cela. C’est le MPS qui a financé, nous avons toutes les preuves. On ne peut pas commencer une entreprise comme celle-là avec des gens qui, dès maintenant, commencent par la fraude. »

« Toute notre sincérité »

« Nous sommes allés à cette élection, à cette désignation d’un candidat unique de l’opposition avec vraiment toute notre sincérité pour que ce soit transparent et qu’on amène quelqu’un à la victoire, poursuit Saleh Kebzabo. Mais à ce prix-là, les militants ont dit que, non, ils ne suivent pas. Si Kebzabo l’accepte, tant pis pour lui. Le parti va continuer sa marche. Kebzabo respecte ses militants et Kebzabo va être candidat. Mais évidemment, il ne s’agit pas d’être candidat pour être candidat. Le parti a des conditionnalités que nous allons sortir immédiatement pour dire : oui, notre candidat veut d’abord qu’il y ait telle ou telle assurance. Quand elles seront accomplies, nous continuerons la marche jusqu’au 11 avril. »

« Nous demandons des preuves »

Joint par RFI, François Djekombé, porte-parole de l'Alliance Victoire, a réagi aux allégations de Saleh Kbzabo.

« C’est un aîné pour qui nous avons beaucoup de respect mais là, nous disons honnêtement que monsieur Kebzabo a vraiment franchi la ligne rouge. En disant que le vote a été « acheté », il jette du discrédit non seulement sur monsieur Théophile Bongoro qui est le candidat unique, mais il jette également le discrédit sur tous les autres chefs de partis puisque que ce sont les chefs de partis qui ont été électeurs. C’est une manœuvre pour pouvoir faire disparaître ce groupe. Nous en sommes conscients. Nous sommes très choqués et nous pensons que ce sont des déclarations vraiment injustifiées, infondées. Etant donné que monsieur Saleh Kebzabo dit qu’il a les preuves en sa disposition, que le vote a été acheté, surtout par le régime, le MPS, le Mouvement patriotique du Salut, nous demandons à monsieur Kebzabo de pouvoir mettre à la disposition donc de l’Alliance Victoire cette preuve. Au cas contraire, nous nous réservons le droit de pouvoir aller en justice pour pouvoir contraindre monsieur Kebzabo à nous sortir les preuves de ces allégations mensongères ».

Prison avec sursis

Saleh Kebzabo a par ailleurs annoncé que son parti rejoignait l'appel à manifester à nouveau ce samedi 13 février. Une manifestation interdite par les autorités, par craintes de « troubles à l'ordre public », selon le ministre de la Justice. La mobilisation de la semaine dernière avait donné lieu à des heurts avec la police et à de nombreuses arrestations. Douze des quatorze personnes poursuivies par la justice tchadienne ont été condamnées vendredi soir à trois mois de prison avec sursis pour attroupement non armé. Parmi eux, le secrétaire général de la Convention tchadienne de défense des droits de l'homme (CTDDH), Mahamat Nour Ibédou. Le chef de file du parti Les Transformateurs, Succès Masra, a, lui, quitté l'ambassade américaine où il s'était réfugié samedi dernier.

À lire aussi : Tchad: douze manifestants condamnés suite aux mobilisations contre un 6e mandat de Déby