Tanzanie: après la mort de Magufuli, peut-on s'attendre à un assouplissement du régime?

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La Tanzanie aura prochainement une présidente. Après l'annonce du décès du président John Magufuli, à l'âge de 61 ans, officiellement en raison de problèmes cardiaques, la vice-présidente Samia Suluhu Hassan, doit prendre les rênes du pays et assurer l'intérim. John Magufuli, élu une première fois en 2015, puis réélu fin 2020 lors d'un scrutin contesté, est connu pour sa politique de grands travaux, mais aussi accusé de dérive autoritaire. Ce changement à la tête du pays peut-il inverser la tendance ?

L'opposition tanzanienne appelle déjà à un changement. Tundu Lissu, le vice-président du principal parti d'opposition Chadema, déclarait jeudi à la télévision kényane que la vice-présidente se dirige vers une impasse, si elle prend le même chemin que John Magufuli, tout en soulignant que Samia Suluhu Hassan n'a pas le même tempérament que lui.

Le chercheur Fergus Kell, analyste au think tank Chatham House relève lui aussi que la future présidente du pays a une personnalité différente de celle de son prédécesseur. Il juge son approche « moins conflictuelle », et « plus ouverte sur l'extérieur ». Elle a aussi « exprimé son désaccord sur certaines de ses déclarations controversées », pointe Fergus Kell. Mais il estime toutefois qu'un changement de personne ne sera pas « nécessairement suffisant pour inverser la tendance ». D'autant que de nombreuses personnalités publiques de premier plan étaient en phase avec le président Magufuli.

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« Je pense qu'il est important de rappeler que c'est aussi un défi institutionnel pour la Tanzanie, souligne le chercheur Fergus Kell. De nombreuses personnalités publiques de premier plan, comme le président du Parlement ou le ministre des Affaires étrangères, étaient très en phase avec le président. Donc, il n'est pas certain que la nouvelle cheffe de l'État puisse affirmer son autorité sur ce point et impulser un changement important dans la trajectoire plus autoritaire que la Tanzanie a prise. »

Par ailleurs, Samia Suluhu Hassan, qui ne semble pas bénéficier d'une grande popularité parmi les proches du président défunt, devra nommer un vice-président, après consultation de son parti, et son choix devra être validé par l'Assemblée nationale. Pour l'analyste tanzanien Thabit Jacob, l'actuelle vice-présidente devra gouverner avec une base plus faible, qui sera contrôlée par le clan Magufuli et les renseignements et aura du mal à construire sa propre base