Les talibans ont lancé la construction d'un complexe touristique au pied des Bouddhas de Bâmiyân

Le site des statues géantes de Bouddha, qui ont été détruites par les Talibans en 2001, le 6 novembre 2016, en Afghanistan. Pendant des siècles, deux anciennes statues monumentales de Bouddha sculptées dans les falaises de Bamiyan y étaient dressées. - WAKIL KOHSAR / AFP
Le site des statues géantes de Bouddha, qui ont été détruites par les Talibans en 2001, le 6 novembre 2016, en Afghanistan. Pendant des siècles, deux anciennes statues monumentales de Bouddha sculptées dans les falaises de Bamiyan y étaient dressées. - WAKIL KOHSAR / AFP

C'est un projet qui nourrit de fortes inquiétudes. Les talibans ont lancé la construction d'un complexe touristique à quelques mètres de la falaise qui abrite les statues des Bouddhas de Bâmiyân, en Afghanistan, rapporte The Guardian. Selon les archéologues et les experts, cela pourrait causer des dommages permanents à ce site fragile et précieux du patrimoine mondial.

L'objectif des talibans est de "reconstruire" un bazar historique, qui a été détruit pendant la guerre civile dans les années 1990. La zone deviendra ainsi un centre touristique doté de restaurants, de maisons d'hôtes, de parkings, de toilettes publiques et de boutiques d'artisanat et d'épicerie.

L'un des plus grands trésors de l'Afghanistan

Toutefois, ce bazar en ruine est lui-même un site historique qui pourrait se trouver au-dessus de ruines encore plus anciennes. Et surtout, il est également proche de la falaise abritant les grottes de monastères bouddhistes, l'un des plus grands trésors de l'Afghanistan.

"Ce vieux bazar se trouve dans la zone archéologique tampon du site du patrimoine mondial et l'Unesco n'a jamais été favorable à la réutilisation de cet endroit", a déclaré auprès du Guardian un diplomate spécialiste des questions de patrimoine en Afghanistan, qui a demandé à rester anonyme.

"Au contraire, ces bâtiments sont situés au milieu d'une zone archéologique, et les bâtiments eux-mêmes font en quelque sorte partie du patrimoine de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Leur reconstruction est donc sensible", complète-t-il.

Nouvel afflux de touristes et de véhicules

En 2001, les talibans ont détruit les deux statues géantes qui dominaient la vallée depuis plus d'un millénaire. Après la destruction, le mollah Omar avait déclaré qu'il était "fier de tous les talibans qui avaient participé à la destruction de cette horreur impie synonyme d'une religion pour dégénérés".

En revanche, les niches où elles se trouvaient ainsi que les fresques et autres vestiges qui ont survécu continuent de conférer au site une importance patrimoniale mondiale.

La route principale qui traverse Bâmiyân a été détournée il y a plusieurs années pour limiter les vibrations, conséquences du trafic. Ce nouveau projet des talibans ramènerait un afflux important de personnes et de véhicules dans une zone fragile, officiellement désignée comme protégée.

"Les caravansérails devraient être utilisés comme des maisons d'hôtes, pour que les touristes puissent y passer la nuit, et comme des lieux d'exposition de l'artisanat local, pour la mise à disposition de toilettes publiques et de parkings", a déclaré Mawlawi Saifurrahman Mohammadi, le directeur provincial de l'information et de la culture.

L'Unesco pas consultée et préoccupée

Mawlawi Saifurrahman Mohammadi s'exprimait lors d'une inauguration au cours de laquelle de hauts responsables talibans, dont le gouverneur de Bâmiyân, Abdullah Sarhadi, étaient présents. Ils ont, à cette occasion, déposé des pierres de fondation pour symboliser le début des travaux.

Mohammadi a déclaré que plusieurs contrôles stricts de la construction avaient été effectués pour respecter la fragilité du site. Il s'agit notamment de limiter les bâtiments à un seul étage, de restreindre l'utilisation du béton, et de contrôler le type de pierres et de plâtre utilisés. Il a ajouté que le projet avait été approuvé par l'Unesco. "Le gouvernement central a négocié avec l'Unesco et ils nous ont renvoyé des directives sur la manière de procéder", a-t-il affirmé. Mais l'Unesco, qui surveille les sites du patrimoine mondial, dont Bâmiyân, depuis des décennies, a déclaré qu'elle n'avait pas été consultée sur le projet et qu'elle n'avait pas donné son accord à la "reconstruction" du bazar.

"L'Unesco n'a ni été interrogée ni été associée à ce projet, qui est situé au cœur de la zone archéologique et pourrait être problématique pour la bonne conservation du site du patrimoine mondial", a-t-elle déclaré dans un communiqué.

Récupérer des "terres volées"

Le gouverneur Sarhadi a déclaré qu'il avait décidé de lancer la reconstruction après que les propriétaires des magasins étaient venus lui adresser une pétition. Ils ont déclaré qu'ils avaient été spoliés de leur terrain lorsque celui-ci a été classé zone de patrimoine et que la reconstruction a été interdite. "Nous ne devrions pas laisser les gens se faire voler leurs terres ici", a-t-il déclaré. "Les gens n'ont pas pu obtenir leurs biens (légitimes), il est maintenant temps qu'ils les récupèrent".

Article original publié sur BFMTV.com

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