«Takara», petit bonhomme des neiges

Libération.fr

Tournant au Japon sur les traces d’Ozu, Damien Manivel et Kohei Igarashi se penchent avec grâce sur la solitude d’un môme fugueur.

De film en film, Damien Manivel dessine une œuvre que l’on pourrait qualifier de minimaliste, chose rare dans le cinéma français. A chaque fois, le geste est le même : placer un ou des personnages dans un lieu précis, en les saisissant dans un état de disponibilité qui leur permet de s’ouvrir pleinement à cet environnement, d’être traversé par lui et par sa météorologie. Un jeune poète (2015) en offrait une version gentiment ironique et burlesque, à travers les velléités d’un jeune homme s’essayant maladroitement à la poésie et à l’amour dans les rues estivales de Sète. Le Parc (2017) observait la rencontre amoureuse d’un jeune couple dans un parc, s’épanouissant sous le soleil avant de s’assombrir dans une nuit mélancolique. Takara, coréalisé avec le Japonais Kohei Igarashi, pousse plus loin encore la simplicité et le dénuement en suivant un enfant de 6 ans (Takara) fuguant à travers un paysage totalement enneigé - à Aomori, précisément, dans la région la plus neigeuse du Japon.

Traversée. Parce que l’enfant ne parle pas et que le jeu est inhérent à sa façon d’être au monde, le rapport entre réalité et imaginaire est ici plus ténu encore. Un prétexte de fiction (Takara sèche l’école pour montrer un dessin à son père qui travaille trop tôt pour qu’il puisse le voir le matin) entraîne l’enfant dans une traversée géographique (de la campagne à la petite ville), à plusieurs vitesses (à pied, en train, en voiture), et dans plusieurs états physiques (de la joie des jeux dans la neige au sommeil profond). L’ancrage dans la réalité concrète des lieux et l’attention documentaire aux gestes du gamin préservent le film de forcer l’émotion et de sombrer dans l’attendrissement.

Les cinéastes ne contrebalancent pas non plus le côté mignon du garçonnet par un peu de cruauté facile, il suffirait pourtant de bien peu pour frôler le drame. Car une seule (...)

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