Taïwan rompt ses liens diplomatiques avec les Îles Salomon, tournées vers Pékin

Taïwan a rompu lundi 16 septembre ses relations diplomatiques avec les Iles Salomon après avoir appris que le nouveau gouvernement de cet Etat du Pacifique avait décidé de transférer à la Chine sa reconnaissance diplomatique.

« Le gouvernement déclare dès aujourd'hui la fin de ses relations diplomatiques avec les Iles Salomon », a annoncé le ministre taïwanais des Affaires étrangères, Joseph Wu. Cette annonce est la conséquence de la décision du « gouvernement des Îles Salomon de transférer ses relations diplomatiques à la République populaire de Chine », a-t-il expliqué.

Ce changement d'alliance est un nouveau coup dur pour Taïwan. La liste des pays toujours liés à Taipei s'est considérablement réduite au fil des décennies, pour tomber à 16, dont cinq Etats du Pacifique, avec le départ des Iles Salomon.

Taïwan « totalement inutile »

Depuis son élection en avril, le Premier ministre de l'archipel des Salomon, Manasseh Sogavare, fait l'objet de fortes pressions de parlementaires de tous bords, persuadés que la Chine fournirait une aide plus importante que Taïwan en matière d'infrastructures notamment.

« Honnêtement, sur les questions économiques et politiques, Taïwan nous est totalement inutile », avait confié en juillet Manasseh Sogavare à un chercheur à l'Université nationale australienne. Ce changement d'alliance devrait en outre donner à l'archipel un peu plus de pouvoir face aux puissances régionales traditionnelles, selon le Premier ministre.

Pékin s’en félicite

Un abandon diplomatique que Pékin « apprécie grandement », selon le porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois, Hua Chunying, qui a qualifié la décision des Îles Salomon d’ « opportunité historique ». Mais si c’est une victoire symbolique pour la Chine qui veut isoler le gouvernement taïwanais - considérant que Taïwan fait partie de son territoire - c’est une politique contre-productive, selon le chercheur Stéphane Corcuff.

« On comprend son but à court terme de mettre la pression. Mais ça s’apparente presque à une vengeance tant c‘est risqué pour elle, dans le sens où on entre dans une période électorale à Taïwan et ça aura pour impact immédiat de rendre encore plus désagréable pour les électeurs taïwanais, la Chine, son image et tous les candidats voulant s’en rapprocher. »

Force brutale ?

Le spécialiste de Taïwan à Sciences Po Lyon s’interroge sur les manœuvres diplomatiques chinoises, surtout étant donné le contexte. « On ne comprend pas pourquoi la Chine fait ça maintenant, comme si elle persistait de manière tragique à ne rien comprendre à ce qui se passe à Taïwan ou à ne comprendre qu’une chose : la politique de la force la plus brutale ».

« Les Etats qui laissent tomber Taïwan sont des Etats qui en fait veulent avoir totale liberté avec ce qu’ils font de l’argent, selon le maître de conférences. Et on entend le Premier ministre des Salomon qui dit à l’occasion de cet abandon diplomatique quelque chose d’hallucinant "Taïwan ne présente aucune utilité pour nous". Et la Chine participe activement à l’édification de ce monde-là. »