Y a-t-il un pilote pour sauver les femmes enceintes précaires de la pauvreté ?

La réaction de mon patron à l'annonce de ma grossesse montre qu'il faut dénoncer la discrimination faite aux femmes enceintes
damircudic La réaction de mon patron à l'annonce de ma grossesse montre qu'il faut dénoncer la discrimination faite aux femmes enceintes

PAUVRETÉ - Le Président de la République a souhaité faire des « 1000 premiers jours » de l’enfant une priorité de l’action publique en faisant appel au Professeur Boris Cyrulnik, neuropsychiatre, pour marquer sa détermination. Hélas, la femme enceinte est la grande oubliée de ce sujet et  les droits à la maternité sont loin d’être accessibles à toutes. Pour ne pas dire que les disparités sont criantes. Par exemple, certaines femmes perçoivent 169 euros par mois pour vivre, soit 3,5 fois moins que le RSA !

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Si la France figure de bon élève en termes de congé maternité (source Banque Mondiale) par rapport aux autres pays, notre pays laisse par ailleurs un certain nombre d’indépendantes, d’étudiantes, de salariées ou de femmes au foyer, sans ressource. Leur congé maternité se transforme alors en période à risque, aussi bien pour la mère et que l’enfant.

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Pourquoi ? Les conditions d’accès au congé maternité sont tellement strictes que certaines femmes y renoncent, d’autres se voient obligées de s’arrêter complètement de travailler durant 16 semaines pour percevoir l’intégralité de leurs allocations. On leur rétorque également que leur durée minimale d’affiliation n’est pas respectée…Littéralement, cet état de fait ne respecte pas notre Constitution et le principe même de la Sécurité Sociale, édictant que « chacun y contribue selon ses moyens et en bénéficie selon ses besoins ».

Les dangers de l’indifférence

Au-delà des constats, la réalité sur le terrain est éloquente d’un renoncement de l’Etat. Ainsi, en 2020, il y avait 13% indépendantes de moins qu’en 2019 à bénéficier d’allocations repos maternité, alors que la baisse de la natalité n’était que de 1,8%. Les étudiantes, femmes au foyer sans revenu ou encore salariées qui n’ont pas assez cotisé en sont également totalement privées.

Quant au RSA, qui sert souvent de soupape de sécurité, il n’a pas vocation à être un supplétif aux droits à la maternité, encore moins dans le cadre du projet de réforme en cours, qui imposera au bénéficiaire de travailler un certain nombre d’heures par semaine ; situation que ne pourra assumer une femme enceinte. Il en va de même pour les indemnités chômage qui ont été créées pour favoriser le retour à l’emploi et non pour être un revenu de substitution pendant un congé maternité. Comment peut-il être acceptable de demander à nos concitoyennes de puiser dans leurs droits supposés leur servir pour un retour à l’emploi ?

Les femmes concernées crient leur détresse avec pour seule réponse, l’indifférence de l’Administration. La perspective de ne percevoir que très peu de ressources suscite également des comportements à risque chez ces femmes, afin de minimiser la période d’inactivité, par une mise au repos tardive et une faible durée d’arrêt postnatal. Les risques psycho-sociaux pour la mère et l’enfant sont évidemment présents. Alors qu’une grossesse peut représenter une véritable épreuve physique et psychique, cette situation ne fait que dégrader un contexte déjà fragile.

Certaines femmes enceintes indépendantes renoncent même à prendre leur congé maternité du fait de la faiblesse des revenus anticipés sur cette période. Elles ne peuvent économiquement pas s’arrêter complètement durant 16 semaines pour percevoir l’intégralité de leurs allocations.

Pour la création d’un Minimum Maternité Universel (2MU)

Compte tenu de la situation hétéroclite entre les femmes enceintes selon leur régime d’appartenance, la Fédération Nationales des Auto-Entrepreneurs propose une mesure d’humanité : la création d’un Minimum Maternité Universel (2MU).

Le principe est simple : le montant du Minimum Maternité Universel serait fixé en différentiel. Selon la composition du foyer, il est possible de déterminer le montant cible de revenu à atteindre, duquel on déduit certains revenus déjà perçus par le foyer (allocation logement) afin de verser à la femme enceinte indépendante un montant correspondant à sa situation familiale.

Si le législateur a prévu différents dispositifs pour protéger la femme enceinte des risques liés à la grossesse, comme une protection contre le licenciement, son retrait des postes à risques, il a négligé le plus fondamental : la protéger de la pauvreté.

Aussi, dans un principe d’équité pour les femmes enceintes en France, dans le respect de notre Constitution et de l’égalité républicaine, nous pensons que cette proposition s’inscrit pleinement dans le contexte : baisse du pouvoir d’achat, crise économique, relance démographique, accueil du jeune enfant, comme l’expression d’une priorité nationale.

Aussi, dans un principe d’équité pour les femmes enceintes en France, dans le respect de notre Constitution et de l’égalité républicaine, nous pensons que cette proposition s’inscrit pleinement dans le contexte : baisse du pouvoir d’achat, crise économique, relance démographique, accueil du jeune enfant, comme l’expression d’une priorité nationale.

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