«Est-ce que t’es mort ?»: au procès du 13-Novembre, le témoignage d'une rescapée de La Belle Équipe

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Au procès des attentats du 13 novembre 2015, la cour poursuit jusqu'à ce mardi 5 octobre les auditions des rescapés et proches de victimes du mitraillage du bar La Belle Equipe. L’attaque, qui a fait 21 morts et de nombreux blessés, a notamment cruellement endeuillé deux groupes d’amis, car deux anniversaires étaient célébrés ce soir-là. Juliette, 23 ans à l’époque, reste liée à jamais à ce jeune homme qu’elle venait de rencontrer, mort à ses côtés.

Avec Laura Martel, du service France de RFI

Ce fut leur premier et dernier rendez-vous. Ce soir-là, Juliette retrouve Cédric, rencontré via une application. À peine le temps de commander. « Mon bras est touché, je valse en arrière, j’attrape sa main pour qu’on se cache. Je n’ai jamais donné à quelqu’un que je ne connaissais pas une poignée de main aussi forte, pleine d’empathie et d’espoir, raconte-t-elle la voix brisée. Il s’est fait fusiller à mes côtés. J’ai posé délicatement la main sur son torse, je ne voulais pas aggraver ses blessures. J’ai demandé trois fois : "Est-ce que t’es mort ?" Et pas : "Est-ce que t’es en vie ?" Parce que je savais. »

Incapable « d’enjamber les corps », Juliette les contourne. Un passant crie alors : « J’ai une vivante avec moi ! » Une phrase qui la « hante » depuis. Car vient tout de suite la culpabilité : « J’ai abandonné Cédric », souffle-t-elle.

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« Faire le deuil de soi-même »

Emmenée dans un café voisin, « je suis spectatrice au premier rang des corps étendus, des râles, je suffoque. » Elle persuade un policier de la laisser rejoindre l’hôpital : « Ce temps gagné a permis de sauver mon bras. »

Sa culpabilité décuple le lendemain quand elle s’aperçoit que les parents de Cédric le cherchent toujours, alors qu’elle a signalé sa mort à la police. Sa mère passera le terrible appel. « Être victime du 13-Novembre, c’est réapprendre à vivre, marcher dans la rue. C’est faire le deuil de soi-même, de cette jeune fille insouciante qui ne reviendra plus », confie Juliette.

« Je suis exténuée. Chaque jour, je m’efforce de vivre pour ceux qui n’ont pas eu la chance de se relever. » Elle évoque cette lettre, écrite aux parents de Cédric, jamais envoyée : « Je n’ai pas eu le courage, je leur demande pardon. »

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