Le télétravail simplifie-t-il la vie des parents?

Céline Hussonnois-Alaya
·6 min de lecture

Pour certains parents, le télétravail offre un gain de temps précieux. Mais pour d'autres, le décloisonnement vie professionnelle/vie familiale est plus difficile à vivre.

Ils et elles sont parents et télétravailleurs. Alors que la France vit son second confinement - après le premier au printemps - pour lutter contre l'explosion de Covid-19 et que le gouvernement a vivement encouragé la généralisation du télétravail, la vie de ces pères et de ces mères a sensiblement changé depuis que leur journée de labeur se déroule à la maison.

Fini le temps perdu dans les transports

C'est le cas de Rémy*, 37 ans, qui télétravaille dans son salon pour un bailleur social. Pour ce père d'un petit garçon de 2 ans qui nous avait déjà raconté avoir mis en place un "télébabysitting" au printemps, le télétravail cinq jours par semaine "c'est tout bénef". Fini les trajets quotidiens en deux-roues entre son appartement du Val-de-Marne et son bureau parisien.

"C'était entre trente et quarante-cinq minutes, quand tout va bien, le matin et le soir, témoigne-t-il pour BFMTV.com. "Il fallait calculer pour être à l'heure chez l'assistante maternelle, ma compagne étant sage-femme en milieu hospitalier elle travaille souvent le soir. Une vie de parent classique, quoi!"

Un gain de temps précieux pour ce cadre. "Je suis plus calme, moins speed. Quand je finis à 18 heures, je récupère tout de suite mon fils." Le télétravail lui permet même de passer plus de temps avec sa compagne, qu'il voit peu du fait de ses horaires décalés.

"On déjeune ensemble le midi quand elle ne travaille pas, poursuit Rémy. Et quand elle garde notre fils, un ou deux jours par semaine, ça nous permet de passer un peu plus de temps en famille."

Concilier vie professionnelle et vie personnelle

C'est bien là le principal avantage du télétravail. "Il facilite la conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle en réduisant le temps passé dans les transports et en permettant une flexibilité horaire", analyse pour BFMTV.com Joanie Cayouette-Remblière, sociologue et responsable de l'unité de recherche logement, inégalités spatiales et trajectoires de l'Ined.

Ce que confirme Jeanne*, 35 ans, et mère de deux petits garçons. Pour cette agente de voyage qui réside dans les Hauts-de-Seine, le télétravail lui "allège les journées", confie la jeune femme à BFMTV.com qui assure que depuis qu'elle travaille derrière le petit bureau qu'elle s'est installée dans sa chambre, elle se sent "moins épuisée".

"Quand je finis ma journée, je n'ai plus les quarante-cinq minutes à une heure de route avec la circulation sur le périphérique parisien. En plus du gain de temps que ça représente, c'est de la fatigue en moins."

D'autant que pour Jeanne, le télétravail permet aussi et surtout de mettre un peu d'huile dans les rouages de son quotidien. Car la jeune femme - tout en étant "sérieuse" et en faisant ses heures de travail, assure-t-elle - s'octroie quelques minutes dans la journée pour lancer une machine, étendre le linge ou ramasser les jouets qui traînent.

"Il n'y a plus tout à faire en rentrant du travail le soir. Ranger l'appartement, faire les devoirs des enfants, le bain, s'occuper du linge et préparer le repas. Ça me simplifie la vie."

Mère versus père

Un vécu différent que l'on soit père ou mère. C'est ce qu'a observé Joanie Cayouette-Remblière, de l'Ined. Le télétravail lors du premier confinement n'a en effet pas été le même que l'on soit homme ou femme. "Au printemps, on ne peut pas dire que le télétravail ait facilité la vie des parents, notamment des mères", pointe la sociologue.

"Tout en devant télétravailler, elles devaient en même temps s'occuper des enfants qui étaient restés à la maison, assurer la continuité pédagogique et prendre en charge les tâches domestiques. Elles ont dû plus que les hommes hiérarchiser entre vie professionnelle et vie personnelle. On peut imaginer que cette fois, avec les écoles qui restent ouvertes, une partie de cette contrainte qui pesait sur les mères sera levée."

Et encore. Car selon Joanie Cayouette-Remblière, ce nouveau confinement s'impose dans des ménages où des routines inégalitaires sont déjà installées. "Donc ce seront encore les femmes qui lanceront les machines durant leur temps de travail", craint-elle. Pendant le confinement, près d'une femme sur deux assurait une double journée, contre 29% des hommes, a enregistré l'Insee.

"Même si les enfants vont à l'école, cette répartition entre les hommes et les femmes pourrait persister avec des conséquences à long terme, notamment sur la carrière des femmes. Selon notre étude, si 47% des hommes cadres ont pu disposer d'un espace de travail, ce ne sont que 29% des femmes cadres. Et dans toutes les catégories socio-professionnelles, ce sont les femmes qui ont, la plupart du temps, partagé leur espace de travail."

"C'est lourd"

C'est pour cela que Pénélope*, 34 ans, ne souhaite pas que le télétravail s'inscrive dans la durée. Pourtant, cette cheffe de produit et mère d'un petit garçon de deux ans gagne, avec le travail à domicile, deux heures et demi de transport par jour, voit davantage son fils le matin et le soir. Mais elle considère que télétravailler à plein temps, "c'est lourd".

"C'est vrai qu'on gagne un peu de souplesse et que je peux faire quelques courses pendant ma pause du midi. Au lieu d'une pause café, je m'accorde une pause lessive et c'est moins la course, remarque-t-elle pour BFMTV.com. Mais j'ai l'impression de ne pas avoir une minute à moi. Au moins, quand je prenais les transports, j'avais ce temps rien que pour moi. Et puis je me sens isolée de ne plus aller au bureau et de ne plus voir mes collègues."

Garance*, une journaliste de 35 ans, partage le même point de vue. "Sur la longueur, le télétravail à plein temps, j'ai du mal." Pourtant, pour elle aussi le travail à la maison présente de nombreux avantages. Fini les deux heures quotidiennes dans les transports en commun pour cette jeune femme qui ne rentrait chez elle qu'après 20 heures et le coucher de son enfant. Et fini les frais de nounou pour garder son fils de 2 ans entre la fermeture de la crèche et son retour - son conjoint devant souvent s'absenter.

"Au moins, aller au travail structure la journée. Là, je ne sors plus de chez moi. En plus, avec le confinement, j'ai l'impression d'avoir une vie de moine."

Les témoins marqués d'une * ont souhaité n'être présentés que par leur prénom.

Article original publié sur BFMTV.com

Ce contenu peut également vous intéresser :