Téhéran veut enrichir de l'uranium à 60% dès mercredi

par Parisa Hafezi
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TÉHÉRAN VEUT ENRICHIR DE L'URANIUM À 60% DÈS MERCREDI

par Parisa Hafezi

DUBAI (Reuters) - L'Iran commencera dès mercredi à enrichir de l'uranium à 60%, un niveau qui rapprocherait la République islamique du seuil de 90% à partir duquel la fabrication de l'arme nucléaire est envisageable, ont annoncé mardi plusieurs responsables iraniens, suscitant la réprobation des pays occidentaux.

Cette annonce intervient au lendemain des accusations portées par Téhéran contre Israël dont les services sont soupçonnés par l'Iran d'avoir saboté son site nucléaire de Natanz.

Elle se produit en outre avant la reprise des discussions à Vienne sur la relance de l'accord signé en 2015 sur le programme nucléaire iranien auquel l'Etat d'Israël s'est toujours opposé et dont les Etats-Unis se sont retirés en 2018 à l'initiative de Donald Trump.

Abbas Araqchi, le principal négociateur iranien sur le dossier, a par ailleurs annoncé la mise en service d'un millier de centrifugeuses sophistiquées à Natanz.

Contacté par Reuters, un responsable iranien a précisé que l'enrichissement à 60% ne concernerait qu'une petite quantité d'uranium.

"A compter de ce soir, les préparatifs vont commencer à Natanz pour l'enrichissement (de l'uranium) à 60%; l'uranium à 60% est utilisé pour fabriquer une variété de médicaments radiopharmaceutiques", a déclaré le porte-parole de l'agence nucléaire iranienne, Behrouz Kamalvandin, à l'agence de presse semi-officielle Fars.

L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a été informée de la décision iranienne. Le site de Natanz est l'un des sites surveillés par l'agence.

UN "DÉVELOPPEMENT GRAVE" DIT L'ELYSÉE

Il "s'agit d'un développement grave, que nous condamnons et qui nécessite une réponse coordonnée en E3 (France, Royaume-Uni, Allemagne, NDLR) avec les USA, les Russes et les Chinois. La coordination est en cours", a-t-on commenté à l'Elysée.

A Washington, la porte-parole de la Maison blanche, Jen Psakin, a qualifié l'annonce iranienne de "provocatrice", ajoutant qu'elle préoccupait le gouvernement américain et remettait en question le sérieux de Téhéran dans les discussions ouvertes à Vienne.

Les Etats-Unis, sous la présidence de Donald Trump, ont dénoncé en 2018 l'accord sur le programme nucléaire iranien et ont rétabli dans la foulée des sanctions contre Téhéran. L'Iran s'est par la suite progressivement affranchi de cet accord, en reprenant notamment l'enrichissement de l'uranium à des seuils non autorisés par le Plan d'action global commun (PAGC, ou JCPOA en anglais), nom officiel de l'accord.

Selon les délégations réunies la semaine dernière à Vienne, les discussions visant à ramener pleinement les Etats-Unis et l'Iran dans l'accord de 2015 sur le programme nucléaire iranien progressent.

L'Iran, la Grande-Bretagne, la Chine, la France, l'Allemagne et la Russie sont convenus de poursuivre cette semaine leurs discussions sur une relance de l'accord.

Le chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif, a estimé mardi que l'incident de Natanz était un "très mauvais calcul" qui ne ferait qu'accroître la capacité de négociation de l'Iran dans les pourparlers de Vienne, qui doivent reprendre jeudi.

(Rédaction de Dubai, avec Michel Rose à Paris; version française Nicolas Delame et Jean-Stéphane Brosse)