Téhéran dénonce un acte de «terrorisme antinucléaire» contre son complexe de Natanz

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Après la « panne de courant » suspecte qui a touché ce dimanche 11 avril l'installation nucléaire stratégique de Natanz, Téhéran semble confirmer un acte de sabotage.

Au soir d'une panne suspecte ayant affecté le site d'enrichissement de Natanz, le chef de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique Ali Akbar Salehi a dénoncé « un acte méprisable » visant à « empêcher les avancées considérables de l'industrie nucléaire du pays ». Dans un communiqué diffusé par la télévision d'État, il a demandé à la communauté internationale d'agir contre un « acte de terrorisme nucléaire ».

L'Iran se réserve le droit de répondre à cet acte, ajoute le patron de l'OIEA, sans toutefois accuser un pays en particulier. Mais en Israël, on reconnaît à mi-mots la responsabilité de l’attaque qui s'est produite, coïncidence ou non, alors que le secrétaire américain à la Défense Lloyd Austin se trouve dans le pays pour discuter principalement du dossier nucléaire iranien, rapporte notre correspondant à Jérusalem, Michel Paul.

Des attaques en série

Des sources liées aux services de renseignement cités par tous les médias en Israël le confirment : c’est le Mossad qui est à l’origine de cette « panne de courant ». Et, selon ces mêmes sources, les dégâts sont plus importants que les Iraniens ne veulent bien le laisser croire.

Plus énigmatique, le Premier ministre israélien l’affirme : « La lutte contre l’Iran est une mission gigantesque. La situation qui prévaut aujourd’hui ne sera pas nécessairement la même que demain. » Et Benyamin Netanyahu conclut : « Nous sommes devenus une force mondiale. ».

On remarque encore en Israël que cette cyberattaque intervient neuf mois après une mystérieuse explosion qui avait sérieusement endommagé cette même centrale nucléaire de Natanz. On rappelle aussi l’assassinat ciblé en novembre dernier de Mohsen Fakhrizadeh, le chef du programme nucléaire militaire iranien, également attribué à Israël, et la récente attaque d’un navire espion iranien dans les eaux de la mer Rouge.

Timing

L'Organisation iranienne de l'énergie atomique avait d'abord indiqué ce dimanche matin que la panne de courant ayant touché une partie du site de Natanz n'avait fait ni victime, ni causé de pollution due à une fuite d'uranium. Interrogé à propos d'un éventuel sabotage, son porte-parole avait indiqué qu'une enquête était en cours pour déterminer les causes de l'incident.

Il survient au lendemain d'une cérémonie officielle lors de laquelle l'Iran a présenté des centrifugeuses IR-6 et IR-9, respectivement 10 et 50 fois plus puissantes que les vieux appareils IR-1 utilisés par la République islamique avant l'accord nucléaire de 2015. Depuis un an, Téhéran a accéléré son programme nucléaire, rappelle notre correspondant Siavosh Ghazi, produisant 5 tonnes d'uranium faiblement enrichi et 60 kilogrammes d'uranium à 20%, alors que selon l'accord nucléaire de 2015, le stock d'uranium faiblement enrichi ne doit pas dépasser les 350 kilogrammes.

L'incident intervient aussi alors que les pourparlers sur le nucléaire iranien ont repris cette semaine à Vienne, en vue d'un éventuel retour des États-Unis dans l'accord de 2015. « Ça arrive quand l'administration Biden est en train de constituer un groupe d'experts pour un retour aux accords sur le nucléaire, groupe qui est constitué sensiblement des mêmes personnes que celles qui avaient œuvré à l'époque pour la construction de ces accords », observe ainsi Amélie Chelly, chercheuse au Centre d'analyse et d'intervention sociologiques (Cadis) et spécialiste de l’Iran

« Une volonté de pousser l’Iran à la faute »

« Il y a incessamment des frictions qui essayent de pousser à la faute les Gardiens de la révolution iraniens, observe Amélie Chelly. Quelques jours avant la réunion de la "Joint Commission" concernant l'accord sur le nucléaire, on sait qu'un bateau iranien avait été visé. » Ce nouvel incident pourrait donc être dans la continuité de ces actes de sabotage menés par des acteurs régionaux souhaitant saboter le retour à la diplomatie classique inaugurée par Joe Biden, avance la chercheuse.

Reste à savoir si les Gardiens de la révolution tomberont dans ce piège qu'ils ont eux-mêmes sans doute identifié. « En attendant, on voit que la classe politique est vraiment centrée sur une volonté de respecter le droit international et de rester dans un langage diplomatique audible à l'échelle internationale, celui des négociations, et d'encouragement à ce retour de la diplomatie classique initiée par Joe Biden », poursuit la spécialiste de l'Iran.

Dans son communiqué diffusé ce dimanche soir, le patron de l'OIEA Ali Akbar Salehi estime ainsi que l'action contre Natanz « reflète (...) l'échec des opposants (à ces) négociations ». Selon lui, elle relève aussi de « la défaite des opposants (à un) développement éclatant de l'industrie nucléaire » en Iran qui, promet-il, continuera de « poursuivre sérieusement (son) expansion » dans ce domaine.