Syrie: «Presque 60% de la population se demande comment elle se nourrira demain»

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Après 10 ans de guerre, la Syrie s'enfonce dans la crise économique, aggravée par la pandémie de Covid-19. Entretien avec Jessica Lawson, du Programme alimentaire mondial à Damas.

RFI : Quelle est la situation humanitaire observée par le PAM, 10 ans après le début du conflit en Syrie ?

Jessica Lawson : En 2021, les besoins humanitaires en Syrie sont absolument sans précédent. Après 10 ans de conflit, les Syriens ont beaucoup perdu : leurs maisons, leurs revenus, leurs proches et même le pays qu’ils connaissaient qui a été détruit et qui a disparu pour toujours.

Malheureusement, après les années de guerre, les Syriens font face à une nouvelle crise, une crise économique. Beaucoup de gens n’ont plus les moyens d’acheter un repas de base. Cela est principalement dû à la combinaison de la Covid-19, d’une décennie de conflit, du déplacement des populations et de la flambée des prix alimentaires.

De nouveaux chiffres du Programme alimentaire mondial révèlent que 12,4 millions de Syriens vivent désormais dans l’insécurité alimentaire. C’est presque 60% de la population totale du pays qui se demande comment elle se nourrira demain. Nous n’avons jamais vu cela auparavant, même durant les pires années de conflit. Aujourd’hui, le PAM fournit de l’aide alimentaire à 4,8 millions de personnes à travers le pays, dans les 14 gouvernorats

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Le Programme alimentaire mondial travaille partout en Syrie : dans les territoires contrôlés par le régime de Damas comme dans ceux qui lui échappent encore. Certaines zones sont-elles plus affectées que d’autres ?

Ce que nous observons aujourd’hui en Syrie ne ressemble pas à ce que nous avons connu auparavant : il n’y a pas qu’un ou deux gouvernorats qui sont sévèrement affectés. Malheureusement, ils le sont tous. Bien sûr, dans le nord-est et le nord-ouest, nous avons d’importantes populations de déplacés. Beaucoup de gens qui vivent près de la frontière avec la Turquie ont été déplacés à de nombreuses reprises, donc ils sont extrêmement vulnérables. Cependant, ils ne sont pas les seuls à souffrir d’insécurité alimentaire. Je pense qu’à travers tout le pays, il est difficile de trouver un foyer qui ne connaît pas une forme de pression économique, à cause de la hausse des prix alimentaires et de la détérioration de la situation économique.

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Quelle est la situation sur le front de la pandémie de Covid-19 en Syrie ?

Actuellement, il y a environ 48 000 cas confirmés de Covid-19 en Syrie. Mais après les années de conflit, les services médicaux sont limités dans tout le pays. Donc les familles tombent malade et n’ont même pas les moyens de se procurer les médicaments de base. Les masques, les gants… tout ce dont les gens ont besoin pendant la pandémie. C’est devenu si cher que les Syriens ne peuvent pas se permettre de les acheter.

Lorsqu’on se déplace à Damas, on observe que très peu de Syriens portent des masques. Ce n’est pas parce qu’ils ne comprennent pas ce qui se passe, ils sont tout à fait au courant, mais ils n’ont plus les moyens. Lorsque vous devez lutter pour acheter à manger, alors vous luttez pour acheter du riz et des légumes, les choses les plus basiques. Prendre soin d’eux pendant la pandémie, les gens n’en ont plus les moyens. C’est pourquoi il y a autant de cas de Covid aujourd’hui en Syrie, ce qui est très alarmant.

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