En Syrie, la plupart des armes lourdes retirées de la future "zone démilitarisée"

Layal ABOU RAHAL
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Des combattants rebelles syriens manoeuvrent un char après le retrait des armes lourdes de ce type de la future "zone démilitarisée" prévue par un accord russo-turc, dans la province syrienne d'Idleb, le 9 octobre 2018

Beyrouth (AFP) - Les rebelles et jihadistes ont retiré la plupart de leurs armes lourdes de la future "zone démilitarisée" de la province syrienne d'Idleb (nord-ouest), à la veille de la date-butoir prévue par l'accord russo-turc sur ce dernier bastion insurgé.

Les factions jihadistes, qui dominent 70% de la future "zone démilitarisée", ont emboîté le pas au Front national de libération (FNL), principale coalition rebelle ayant achevé lundi le retrait de ses armes lourdes de la zone tampon, mettant fin à plusieurs semaines d'incertitudes.

Conclu le 17 septembre par la Russie, alliée du régime, et la Turquie, soutien des rebelles, l'accord de Sotchi a permis de repousser l'imminence d'une offensive de Damas contre la province d'Idleb et des parties des provinces voisines de Hama, Lattaquié et Alep, également contrôlées par les insurgés.

L'accord stipule le retrait des armes lourdes d'une zone tampon de 15 à 20 km de large avant mercredi, puis le départ des jihadistes de cette "zone démilitarisée" avant le 15 octobre.

"Hayat Tahrir al-Cham (HTS), tout comme les autres factions (jihadistes), est en train de transporter les armes lourdes" hors de la "zone démilitarisée", a indiqué lundi à l'AFP une source locale proche du groupe jihadiste.

- " A contrecoeur" -

Un correspondant de l'AFP a vu mardi plusieurs armes lourdes appartenant au FNL, dont des chars, des véhicules blindés, des canons de gros calibre, dans une région située à 20 kilomètres de la zone tampon.

Des blindés ont été mis dans des fosses pour les protéger contre toute éventuelle attaque aérienne, selon lui.

Selon Rami Abdel Rahmane, directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), "la zone tampon est maintenant presque vidée de toutes les armes lourdes à la veille de la date limite, à l'exception du nord de la province de Lattaquié, où aucun mouvement de retrait n'a été observé" au cours des derniers jours.

Dans ce secteur, les jihadistes auraient caché leurs armes lourdes "dans des tranchées et des endroits secrets", selon M. Abdel Rahmane.

Les jihadistes ont discrètement commencé à retirer leurs armes lourdes il y a trois jours, selon M. Abdel Rahmane.

"Toutes les factions, rebelles ou jihadistes, n'auraient pas été en mesure de surmonter les conséquences d'une escalade" militaire en cas d'échec de l'accord, explique encore le directeur de l'ONG.

Lundi, une source proche de HTS a affirmé à l'AFP que le groupe avait dû accepter l'accord afin de protéger les quelques trois millions d'habitants de la province d'Idleb, dont près de la moitié ont déjà été déplacés d'ex-fiefs rebelles.

"Tout le monde a été forcé d'accepter l'initiative, bien qu'à contrec?ur", a déclaré cette source.

- "Partie neutre" -

Si le retrait des armes lourdes, premier volet de l'accord russo-turc, a été mis en ?uvre, la création d'une "zone démilitarisée" ne prendra forme qu'après le retrait des combattants jihadistes de la zone, qui doit avoir lieu d'ici lundi prochain.

En l'absence de toute communication officielle des jihadistes, le doute plane autour du respect de cette deuxième échéance.

Mais, selon Nawar Oliver, spécialiste de la Syrie au centre de réflexion Omran basé en Turquie, HTS et les autres groupes jihadistes devraient s'y conformer, "d'autant que HTS reste in fine à Idleb et ne remet pas ses armes ou ses combattants mais remet la zone (tampon) à une partie neutre, la Turquie."

Lundi, les forces d'Ankara ont transféré des armes et des véhicules blindés vers la future "zone démilitarisée", a indiqué l'agence officielle turque Anadolu.

Ce déploiement s'inscrit dans le cadre de la mission de surveillance de la zone tampon qui incombe, en vertu de l'accord, à la Turquie et à la Russie.

Les factions rebelles, qui craignent que l'accord ne soit le prélude à un retour du régime de Bachar al-Assad dans la région, misent sur cette présence turque pour les protéger et ont fait part de leur refus d'un déploiement de la police militaire russe.

Leurs craintes ont été attisées dimanche par des propos du président Assad qualifiant l'accord russo-turc de "temporaire" et assurant qu'Idleb et les régions voisines reviendraient à terme au régime.

Soutenu militairement par la Russie depuis 2015, Damas a enchaîné les victoires ces derniers mois face aux rebelles et jihadistes et a déjà repris le contrôle de la majeure partie du territoire.

Déclenché en 2011, le conflit syrien a fait plus de 350.000 morts et des millions de déplacés et réfugiés.