Syrie: Le Conseil de sécurité se réunit, Trump promet une décision rapide

par Steve Holland et Michelle Nichols
Le Conseil de sécurité des Nations unies s'est réuni ce lundi pour débattre des soupçons d'attaque chimique sur la ville rebelle de Douma, dans la Ghouta orientale, à l'est de Damas. /Photo prise le 22 février 2018/REUTERS/Brendan McDermid

par Steve Holland et Michelle Nichols

WASHINGTON/NATIONS UNIES (Reuters) - Donald Trump a promis lundi de prendre une décision très rapidement, probablement dans la journée, après les "atrocités" commises à Douma, en Syrie, où des armes chimiques auraient été utilisées.

Selon les rebelles de Djaïch al Islam, qui tiennent la ville, les forces syriennes ont eu recours à de telles armes samedi contre la population civile. La branche française de l'Union des organisations de secours et de soins médicaux (UOSSM) parle d'une soixantaine de morts et d'un millier de blessés. Le Conseil de sécurité de l'Onu était réuni à ce sujet lundi après-midi, heure de New York.

Interrogé sur d'éventuelle représailles militaires, le président des Etats-Unis a répondu que "toutes les options" étaient sur la table, précisant qu'il était en discussion avec l'état-major des forces américaines.

"Nous sommes profondément préoccupés que de telles choses puissent se produire. C'est une question d'humanité (...) On ne peut pas laisser faire ça", a-t-il estimé.

Il s'agit de déterminer qui est à l'origine de cette attaque, a-t-il poursuivi lors d'une réunion de son cabinet, que ce soit la Russie, le gouvernement du président syrien Bachar al Assad, l'Iran ou les trois ensemble.

Prié de dire si son homologue russe Vladimir Poutine pouvait être tenu responsable, le président américain a répondu : "Il pourrait bien, oui. Et si c'est le cas, ce sera très dur."

Selon sa porte-parole Sarah Sanders, on peut pour le moment relever que des similitudes avec d'autres recours aux armes chimiques imputés aux forces fidèles à Bachar al Assad. La Russie, a-t-elle ajouté, "a failli à son obligation de garantir le démantèlement de l'arsenal chimique syrien".

L'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) s'efforce de réunir tous les renseignements disponibles sur les événements de Douma, dernière poche de résistance rebelle dans la Ghouta orientale, à l'est de Damas.


MISE EN GARDE DE MOSCOU À WASHINGTON

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a dénoncé pour sa part une "provocation" des rebelles et l'armée russe a dit lundi n'avoir découvert aucune trace de bombardement chimique à Douma.

A l'Onu, l'ambassadrice américaine a promis une réaction quelle que soit la décision du Conseil de sécurité.

"Nous en sommes arrivés au stade où justice doit être faite aux yeux du monde", a déclaré Nikki Haley, s'adressant aux membres du Conseil de sécurité. "L'histoire retiendra que c'est à ce moment que le Conseil de sécurité a fait son devoir ou a démontré son incapacité totale à protéger le peuple syrien. Quoi qu'il en soit, les Etats-Unis répondront."

Selon son homologue russe, Moscou a averti Washington qu'une frappe militaire en Syrie pourrait avoir de "graves répercussions". Vassili Nebenzia a par ailleurs invité les enquêteurs de l'OIAC à se rendre en Syrie dès mardi pour enquêter sur les bombardements de samedi sous la protection des autorités syriennes et des forces russes.

De précédentes enquêtes de l'OIAC ayant conclu à l'usage d'armes chimiques par le régime de Damas ont été jugées irrecevables par Moscou.

L'Iran, autre allié de Bachar al Assad, a jugé que les informations faisant état d'une attaque au gaz étaient infondées et qu'elles visaient à fournir un "prétexte" à une action militaire contre Damas.

La Grande-Bretagne et la France se sont mises d'accord pour qu'un "large éventail d'options" soit présenté au Conseil de sécurité des Nations unies en réponse à cette attaque chimique présumée, a déclaré le ministère britannique des Affaires étrangères.

L'ambassadrice britannique auprès des Nations unies a toutefois souhaité l'ouverture d'une "véritable enquête".

L'Allemagne a condamné le bombardement, estimant que les circonstances de l'attaque désignaient le régime de Bachar al Assad comme responsable.

"Les actions de ce régime sont abominables", a dit le porte-parole du gouvernement allemand, Steffen Seibert. "Les responsables (...) devront rendre des comptes."

Donald Trump a promis dimanche de faire payer "le prix fort" pour ce bombardement chimique.

L'Union européenne a évoqué pour sa part des preuves témoignant d'une nouvelle attaque chimique de la part du régime syrien et demandé une réaction internationale.


UNE BASE AÉRIENNE SYRIENNE VISÉE PAR DES MISSILES

Il y a un an, trois jours après le bombardement au gaz sarin du 4 avril 2017 imputé aux forces gouvernementales à Khan Cheikhoun, dans le nord-ouest de la Syrie, l'armée américaine avait tiré une salve de missiles Tomahawk de croisière en direction d'une base aérienne.

Dans la nuit de dimanche à lundi, plusieurs missiles ont frappé une base aérienne de l'armée syrienne dans le gouvernorat de Homs, dans le centre de la Syrie.

La Russie a attribué la responsabilité de ce raid à Israël. Le ministère russe de la Défense a déclaré que deux avions F-15 israéliens avaient tiré huit missiles sur la base à partir de l'espace aérien libanais. Cinq des huit missiles ont été abattus par la défense anti-aérienne syrienne, a précisé le ministère.

La Syrie a formulé peu après les mêmes accusations, après avoir dans un premier temps pointé du doigt les Etats-Unis, qui ont démenti toute implication.

L'Etat hébreu n'a fait aucun commentaire.

L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) a rapporté qu'au moins 14 personnes avaient été tuées par ces frappes, dont plusieurs combattants de diverses nationalités, allusion aux membres des milices chiites soutenues par l'Iran et alliées au régime de Bachar al Assad, qui viennent principalement d'Irak, d'Iran et du Liban.


(Avec Sophie Louet, Denis Pinchuk, Maria Kiselyova, Kate Holton, Dan Williams, Ellen Francis et Nayera Abdallah; Jean-Stéphane Brosse, Guy Kerivel et Jean-Philippe Lefief pour le service français, édité par Tangi Salaün)