Syrie: déploiement turc dans la province rebelle d'Idleb

Gokan GUNES avec Luana SARMINI-BUONACCORSI à Ankara
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Les forces turques se positionnent à la frontière syrienne, près de la ville de Salwah, en Syrie, le 13 octobre 2017

Istanbul (AFP) - La Turquie a déployé des dizaines de soldats et des blindés dans la province syrienne d'Idleb pour y instaurer une "zone de désescalade" visant à faire taire les armes dans cette région contrôlée par des jihadistes.

Ce déploiement, annoncé vendredi par Ankara, a également pour objectif de dissuader les milices kurdes YPG, soutenues par les Etats-Unis, mais bêtes noires de la Turquie, de gagner davantage de terrain dans le nord de la Syrie.

L'opération s'inscrit dans un accord conclu à Astana entre d'un côté la Turquie, soutien des rebelles, et de l'autre la Russie et l'Iran, parrains du régime syrien, prévoyant l'instauration de quatre "zones de désescalade" où les pays garants s'engagent à mettre fin aux combats.

"Le (jeudi) 12 octobre, nous avons entamé les travaux d'installation des postes d'observation" dans la province d'Idleb, a indiqué vendredi l'état-major turc dans un communiqué.

Confirmant peu après le mouvement de troupes, le président turc Recep Tayyip Erdogan a déclaré que "personne n'(avait) le droit de remettre en cause" cette mesure. "C'est nous qui partageons une frontière de 911 km avec la Syrie, nous qui sommes menacés sans arrêt".

L'armée turque avait lancé dimanche une mission de reconnaissance en vue d'instaurer la "zone de désescalade" de la province d'Idleb, contrôlée par Tahrir al-Cham, une coalition jihadiste composée essentiellement de l'ex-branche d'Al-Qaïda dans le pays.

Selon le quotidien Hürriyet, le convoi militaire turc, constitué d'une trentaine de véhicules blindés et d'une centaine de soldats, dont des membres des forces spéciales, est arrivé à Idleb dans la nuit de jeudi à vendredi.

L'armée turque a transmis aux médias une vidéo montrant des chars, des véhicules de transport de troupes et des engins de chantier faisant route vers la Syrie.

- Fortification -

Un correspondant de l'AFP a vu les troupes turques prendre position dans le village de Salwa, au nord de la ville d'Idleb, sur une colline qui domine le "canton" kurde d'Afrine.

Les soldats turcs fortifiaient leurs positions vendredi à l'aide de bulldozers, selon ce correspondant.

L'accord négocié à Astana prévoit à terme la construction par la Turquie de 14 postes d'observation où seront déployés jusqu'à 500 soldats, dans la province d'Idleb, selon les médias turcs.

Il s'agit de la plus importante opération militaire turque en Syrie depuis la fin d'une offensive transfrontalière lancée l'an dernier par Ankara visant à la fois les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) et les YPG.

Cette première offensive, baptisée "Bouclier de l'Euphrate", avait notamment permis aux rebelles syriens appuyés par la Turquie de reprendre à l'EI plusieurs villes dont Jarabulus, Al-Rai, Dabiq et enfin Al-Bab, où l'armée turque a subi de lourdes pertes.

Alors que le président Erdogan avait annoncé l'opération à Idleb avec fracas la semaine dernière, les forces turques semblent jusqu'à présent choisir de négocier plutôt que de combattre Tahrir al-Cham.

Selon l'OSDH, les troupes turques ont ainsi été escortées jeudi soir par des éléments de Tahrir al-Cham, ce qui semble indiquer que le déploiement turc se fait en coordination avec le groupe qui avait déjà accompagné une mission de reconnaissance d'Ankara cette semaine.

- Milices kurdes -

Idleb est la seule province dans le nord-ouest syrien à échapper au régime de Bachar al-Assad et de nombreux rebelles s'y étaient repliés après la reprise d'Alep par les forces pro-Damas, l'an dernier.

Alors que le conflit syrien, qui a fait plus de 330.000 morts et des millions de déplacés depuis 2011, s'éternise, la Turquie semble désormais plus préoccupée par les activités des milices kurdes YPG dans le nord de la Syrie que par le sort du régime d'Assad.

L'un des objectifs du dernier déploiement turc est d'ailleurs de dissuader toute velléité d'expansion des YPG depuis leur canton d'Afrine, selon un haut responsable du groupe rebelle Liwa al-Moutassem, Moustafa Sejari.

Les YPG sont soutenues par Washington pour combattre l'EI, au grand dam d'Ankara qui considère ces milices kurdes comme l'extension en Syrie des séparatistes kurdes du PKK qu'elle combat dans le sud-est de la Turquie depuis 1984.

Les YPG ont d'ailleurs réagi au dernier déploiement turc en accusant Ankara de vouloir mener "un siège d'Afrine (qui) pourrait déclencher le feu d'une nouvelle guerre dans la région".

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