Syrie: deux gouverneurs en "exil" attendent la chute des jihadistes

Sammy Ketz
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Des syriens dans un tramway de fortune en bas d'une rue dans la ville de Hama, le 13 Mars 2017

Hama (Syrie) (AFP) - "Bienvenue dans la province d'Idleb", affirme le gouverneur Ali Jassem à l'adresse des visiteurs dans un bureau de la province voisine de Hama, où il tente au mieux de gérer les affaires de son gouvernorat contrôlé par des rebelles et jihadistes.

Nommé à ce poste il y a un an alors que le gouvernorat d'Idleb échappe depuis 2015 au régime, M. Jassem n'est pas le seul responsable gouvernemental à faire son travail à distance, au 2e étage d'une école dans la ville de Hama (centre).

Un étage plus haut, son collègue de Raqa ronge son frein en attendant le moment où le groupe Etat islamique (EI) sera chassé de la capitale officieuse de l'"émirat" auto-proclamé en juin 2014.

A partir de ce bâtiment, ces hauts responsables dirigent les services de l'Etat dans les deux capitales provinciales qui échappent toujours au contrôle de l'Etat, alors que la guerre entrera mercredi dans sa septième année.

Sous le portrait du président Bachar al-Assad, Abed Khaled al-Hamoud, 53 ans, est assis à son bureau avec à droite le drapeau syrien et à gauche celui du parti Baas, au pouvoir depuis plus d'un demi-siècle.

- 'Continuité de l'Etat' -

Il affirme représenter "la continuité de l?État" dans la province septentrionale de Raqa.

"L'Etat syrien assume toutes ses fonctions et nous sommes toujours présents même si on n'est pas là-bas", assure cet homme jovial, chemise blanche, sans cravate.

La province de Raqa a été la première à tomber en mars 2013 aux mains des rebelles avant que l'EI chasse ensuite ses anciens alliés.

"Bien que l?État n'y lève aucun impôt, les salaires des 67.000 fonctionnaires et retraités sont versés chaque mois, qu'ils se trouvent encore à Raqa ou dans les autres provinces", explique-t-il.

L'argent est laissé à Hama jusqu'à ce que les employés ou des gens de leur confiance viennent le récupérer.

Dans la salle de classe qui lui sert de bureau, le gouverneur d'Idleb explique: "Nous sommes temporairement à Hama, mais nous sommes sûrs de rentrer à Idleb grâce aux victoires de l'armée".

Seconde capitale provinciale à échapper au régime, la ville est tombée en mars 2015 aux mains d'une coalition regroupant les jihadistes du Front al-Nosra (alors ex-branche syrienne d'Al-Qaïda) et des rebelles islamistes.

"Toutes les institutions, les compagnies et administrations publiques ont été transférées ici", dit-il.

Les compagnies de l'eau de Raqa et d'Idleb ont pris ainsi chacune des bureaux au siège de la compagnie de l'eau de Hama, comme pour l?électricité.

"A Idleb, les administrations publiques sont fermées et pour une carte d'identité ou un passeport, les gens doivent venir ici. Ce n'est pas très loin car les gouvernorats d'Idleb et de Hama sont voisins", souligne M. Jassem.

Au même étage, des agriculteurs attendent devant la porte de Mohammad Hmachdo, directeur de la planification d'Idleb.

"Nous distribuons des vaccins pour les enfants, des médicaments pour les animaux, et même de petits générateurs pour les pompes à eau", explique-t-il.

A l'étage du gouvernorat de Raqa, la situation est beaucoup plus compliquée. "Daech ne laisse sortir personne, sauf si vous êtes gravement malade. Alors les gens viennent clandestinement à travers le désert", déclare le gouverneur.

- Archives 'détruites' -

"L'aller-retour peut prendre jusqu'à 20 jours. Un jour, un élève devant passer son baccalauréat est parti de Raqa à cheval jusqu'à Alep puis a pris un taxi jusqu'à Hama pour passer ses examens", assure-t-il.

Un contrat de mariage, un acte de naissance ou de décès est enregistré parfois avec deux ou trois ans de retard.

Pire encore, "Daech a détruit toutes les archives (...) Il nous faut les reconstituer. C'est un énorme travail, mais cela prouve que l?État fonctionne", assure le gouverneur.

Au bout du couloir, une banderole indique "Conseil municipal de la ville de Raqa". Dans une salle, son chef assure qu'une partie des 740 employés municipaux, qui sont restés là-bas, continuent à travailler.

Les communications avec eux sont encore possibles mais menées de manière secrète pour des raisons de sécurité.

"Ils nettoient la ville, ramassent les ordures (...) sous la supervision d'un 'émir' de Daech, mais c'est le gouvernement qui paie leur salaire", assure Talal al-Cheikh, 49 ans.

Quant au gouverneur hôte, celui de Hama, Mohammad al-Hazaoui, il relève que sa province est la seule à accueillir trois gouverneurs.

"J'espère que, si la situation militaire évolue favorablement, ils pourront rentrer chez eux".

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