Syrie: des milliers de jihadistes entassés dans les prisons kurdes

Dans les prisons où sont incarcérés des milliers de jihadistes, des Syriens, des Irakiens mais aussi des milliers d’Occidentaux attendent d’être fixés sur leur sort. Pour l’instant, aucune instance pour les juger n’a été mise en place. Reportage.

Avec notre envoyé spécial en Syrie, Noé Pignède

Dans le Nord-Est syrien, 20 000 jihadistes présumés sont encore détenus dans les prisons des Forces démocratiques syriennes (FDS), cette coalition de milice arabo-kurde soutenue par les Occidentaux dans la guerre contre le groupe État islamique (EI).

Dans une ancienne école transformée en prison, des milliers de jihadistes s’entassent dans d’anciennes salles de classe. Une odeur de crasse mêlée d’excréments flotte dans l’air gelé. Faute de nourriture et de médicaments, plusieurs détenus sont morts ces dernières semaines.

« J’ai peur pour ma vie »

Pieds nus, en combinaison orange, le corps décharné, Abdellah Nouamane est détenu ici depuis dix mois. « Peut-être qu’on va rester coincé ici pour toujours, déclare-t-il. Je ne sais pas. J’ai peur pour ma vie. Je suis très gravement blessé. Je suis devenu diabétique, mais ils ne m’ont pas donné d’insuline depuis une semaine. J’ai besoin d’être opéré en Belgique ou en Europe. »

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Comme tous les détenus, ce jihadiste belge dit ne pas avoir de sang sur les mains. Parti faire le jihad en 2013, le jeune homme avait appelé dans une vidéo de propagande à commettre des attentats en Europe. Il justifie les crimes de l’organisation État islamique.

« Les deux camps se combattaient et se tuaient, estime-t-il. Des milliers de femmes et d’enfants de Daech sont morts. Trump a dit qu’il fallait combattre le feu par le feu. Daech a répondu : œil pour œil, dent pour dent. Lorsqu’il y a la guerre, l’un perd, l’autre gagne. Et maintenant, nous sommes des prisonniers de guerre. Bien sûr, je sais que dire que je regrette, que je veux rentrer, c’est facile... Mais nos pays doivent nous faire rentrer. »

Pour l’instant, les pays européens refusent catégoriquement de rapatrier leurs jihadistes. Le gouvernement britannique a même décidé de les déchoir de leur nationalité. Les forces kurdes demandent qu’ils soient jugés sur leur sol, par un tribunal international.

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