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Sylvain Tesson : dans la polémique, quelle place pour la littérature ?

Si l’on critique l’homme, on ne critique pas l’œuvre. Si l’on veut critiquer l’œuvre, il faut la compétence qu’exige un certain savoir. On aurait pu parler de tant de choses à propos du travail de Sylvain Tesson, notamment de sa dette envers un autre écrivain, Peter Matthiessen, et son Léopard des neiges. On aurait pu interroger sa langue, la trame de ses récits, sa légitimité même d’écrivain, dans le temps. Mais on a préféré le qualifier de réactionnaire.

Soumettre la littérature aux injonctions morales et dogmatiques n’est certes pas nouveau. Il semblait néanmoins possible d’imaginer l’enfer des bibliothèques relégué aux archaïsmes religieux, fanatismes totalitaires, autodafés majeures et grandiloquentes. C’était sans compter sur les détours et retours de l’histoire, longtemps insidieux, à présent vociférants, qui, versés dans d’absurdes polémiques et pétitions, exigent quelques éclaircissements.

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Jamais une grande œuvre, fût-elle politique, ne saurait être un manifeste, un déballage d’opinions réactionnaires ou même progressistes. Pour reprendre le propos de Proust, dans Contre Sainte-Beuve, le « moi social » et « le moi artiste » sont deux réalités distinctes. En manquant d’universalité et de multiplicité de sens, pour tirer vers le libelle et l’édification dogmatique, le roman n’est plus qu’un maillon du système et du message univoque, du bien pensé et de la bonne conscie...


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