Suzie Wong, un fantasme occidental entre rêve et réalité

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Hong Kong dans les années 1950 : le ferry était le seul moyen de relier l’île au continent, le pousse-pousse le moyen de transport le plus répandu et le quartier de Wan Chai, sur l’île de Hong Kong, était pour les marins américains et britanniques le royaume de l’exotisme et le temple de la femme asiatique.

C’est à Wan Chai que Roger Mason, logé à l’hôtel Lu Kwok, imagine la rencontre entre Robert Lomax, un peintre américain alors sans succès, et Suzie Wong, prostituée et mère d’un enfant qui travaille au bar de l’hôtel. Paru en 1957, Le Monde de Suzie Wong (1957) déroule une histoire très romantique : la rencontre de l’Orient et de l’Occident incarnée dans deux personnages, la différence de race, de culture, de statut social et la force d’un amour vrai.

Le rêve de tout soldat américain en permission

En 1960, trois ans après le succès du roman, l’adaptation cinématographique de Richard Quine, avec William Holder et Nancy Kwan, placera le quartier de Wan Chai sur la mappemonde. Un quartier qui connaîtra ses grandes heures durant la guerre du Vietnam. C’est à Wan Chai que les GI américains viendront, lors de leurs permissions, goûter aux plaisirs du R&R (“ Rest and Recration”, le repos et de la récréation), Suzie Wong devenant le rêve sensuel et exotique de tout soldat américain.

Suzie Wong était cependant aussi adulée dans le monde occidental qu’elle était ignorée ou même honnie dans la société asiatique. Honnie car elle était prostituée – et pis que cela : une prostituée des Blancs qui représentait une véritable humiliation pour les Asiatiques. Un objet sexuel asservi au désir du mâle occidental pour les féministes, un pur produit du colonialisme occidental pour les intellectuels chinois.

Aussi certains sont-ils encore aujourd’hui excédés lorsque des Occidentaux un peu naïfs mentionnent devant eux Suzie Wong, ignorant souvent qu’il s’agit d’un personnage de fiction, produit de la fantaisie d’un des leurs.

Suzie Wong et l’identité hongkongaise

Si des Hongkongais ont eu du mal à comprendre la raison d’un tel engouement pour une pauvre prostituée, c’est parce qu’ils ignoraient à quel point cette fascination dépassait celle du personnage lui-même pour se porter sur l’Asie ou la Chine. Séduire Suzie Wong, c’était trouver la clé qui ouvrirait la porte d’une culture qui pour un étranger demeurait incompréhensible.

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