Suppression de l’aide médicale d’État : les hôpitaux dénoncent « l’hérésie » de cette initiative

Suppression de l’aide médicale d’État : les hôpitaux dénoncent « l’hérésie » de cette initiative (Photo de l’entrée des urgences de l’hôpital de Rennes)
DAMIEN MEYER / AFP Suppression de l’aide médicale d’État : les hôpitaux dénoncent « l’hérésie » de cette initiative (Photo de l’entrée des urgences de l’hôpital de Rennes)

SANTE - La suppression de l’aide médicale d’État (AME) réservée aux sans-papiers, adoptée mardi au Sénat, est « une hérésie humanitaire, sanitaire et financière », dénonce ce mercredi 8 novembre la fédération des hôpitaux publics, le représentant des hôpitaux privés appelant aussi à « maintenir » ce dispositif « de santé publique ».

Le Sénat a adopté mardi 7 novembre la suppression de ce dispositif -qui couvre intégralement les frais de santé des étrangers en situation irrégulière présents en France depuis au moins trois mois- et l’a transformé en « aide médicale d’urgence » à l’occasion de l’examen du projet de loi immigration. Le gouvernement ne s’est pas opposé à cette réforme, introduite par la droite.

« La FHF dénonce avec force une suppression qui risquerait d’avoir des conséquences dramatiques sur un système de santé déjà en grande souffrance. Elle appelle l’Assemblée nationale, qui se penchera sur le texte à partir du 11 décembre, à rétablir ce dispositif protecteur essentiel », écrit dans un communiqué la Fédération hospitalière de France (hôpitaux publics).

« Risques majeurs en termes de santé publique »

La FHF pointe d’abord des « risques majeures en termes de santé publique », alors que ces personnes sont « souvent plus précaires et sujettes aux maladies infectieuses ». Cette réforme « revient à affaiblir notre système de santé, à rebours du virage préventif souhaité par tous les acteurs », juge-t-elle.

« Sur le plan financier, la suppression de l’AME fragiliserait de façon extrêmement forte un hôpital public soumis à de fortes tensions budgétaires » en le privant « des financements associés à la prise en charge des personnes malades, qui continueraient d’être soignées », poursuit la fédération.

« L’ensemble de la communauté scientifique, médicale et économique s’accorde à dire qu’une prise en charge précoce des problèmes de santé est souvent moins onéreuse qu’une prise en charge tardive », « aux effets désastreux pour les personnes », ajoute-t-elle.

« Une situation de dilemme éthique et déontologique inacceptable »

La fin de l’AME placerait les soignants « dans une situation de dilemme éthique et déontologique inacceptable : refuser des soins nécessaires (...) ou soigner en dégradant la situation budgétaire de leur établissement », déplore encore la FHF.

« Protéger la santé des plus vulnérables, c’est protéger l’ensemble des populations. Au-delà du devoir d’humanité, c’est un enjeu majeur de santé publique », estime aussi dans une déclaration à l’AFP le président de la Fédération des hôpitaux privés (FHP), Lamine Gharbi.

« Les hôpitaux privés et les cliniques prennent en charge 20 % des patients titulaires de l’AME, de la complémentaire santé solidaire (C2S), et de la Puma (protection universelle maladie, ex CMU-C) », précise-t-il.

« Une mise en danger de tous »

Cette suppression « est une erreur politique et sanitaire », juge aussi Eric Chenut, président de la Mutualité française, qui fédère les mutuelles.

« Un virus n’a pas de frontière, l’épidémie du Covid nous l’a rappelé tragiquement. Faire ce choix de la dégradation de la santé des plus vulnérables, c’est créer les conditions d’une mise en danger de tous », écrit-il dans une déclaration à l’AFP, appelant à « rester ferme sur nos valeurs humanistes ».

Parmi les sénateurs de droite et du centre qui ont voté la réforme figurent une quinzaine de soignants de profession (médecins, pharmaciens ou infirmière).

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