Super-profits, IVG... Pour leur rentrée, les députés Renaissance veulent se faire entendre

François Patriat, Yaël Braun-Pivet, Aurore Bergé et Frank Riester le 6 septembre à Louan-Villegruis-Fontaine - Geoffroy Van der Hasselt / AFP
François Patriat, Yaël Braun-Pivet, Aurore Bergé et Frank Riester le 6 septembre à Louan-Villegruis-Fontaine - Geoffroy Van der Hasselt / AFP

Comme un petit parfum de liberté. Pour la rentrée des députés Renaissance, les élus de la majorité présidentielle ont laissé poindre des velléités d'indépendance et veulent faire entendre leur propre partition face au gouvernement.

Loin de l'image des députés godillots de la précédente mandature, Aurore Bergé, la nouvelle présidente du groupe a d'ailleurs prévenu à la tribune.

"Une majorité n'est jamais acquise"

"Le cœur de la mise en œuvre de notre projet, c'est la majorité. Mais une majorité n'est jamais acquise", a-t-elle expliqué lors du lancement de l'événement depuis Louan-Villegruis-Fontain, un village de Seine-et-Marne.

Les députés se savent d'autant plus en position de force pour négocier avec le gouvernement qu'Emmanuel Macron ne dispose que d'une majorité relative à l'Assemblée nationale.

Alors que sous la précédente mandature, le groupe s'était - rarement - divisée sur certains projets de loi comme la loi asile-immigration, l'exécutif ne pourra pas dans ce quinquennat se passer des voix de quelques députés récalcitrants.

"On ne veut plus accepter tout et n'importe quoi"

Les parlementaires réélus en juin dernier sont également revenus au Palais-Bourbon avec un autre état d'esprit.

"On était toujours d'accord avec lui lors de la précédente mandature. On lui devait tous notre élection. Là, on s'est battu comme des diables pour revenir à l'Assemblée et on ne veut plus accepter tout et n'importe quoi", confie un député de la majorité présidentielle.

Le très risqué projet de loi de finances pour le gouvernement devrait être la première occasion de marquer des points avec un probable amendement sur une taxe sur les super-profits. Si Élisabeth Borne et Bruno Le Maire se sont divisés sur le sujet pendant l'été, Emmanuel Macron a essayé de sortir de la polémique en proposant lundi de soutenir "un mécanisme de contribution européenne".

"Cette taxe au niveau européen va prendre du temps alors qu'on a besoin d'aller très vite là-dessus. Et c'est très symbolique pour les Français", avance un député, spécialiste des finances, sans toutefois vraiment croire que cet amendement puisse être adopté.

"Pas de come-back des frondeurs"

Les parlementaires visent cependant à ne pas franchir le Rubicon. "On n'est pas là pour se faire un come-back des frondeurs", défend un élu francilien, en référence aux députés socialistes en désaccord avec François Hollande pendant son quinquennat.

L'exécutif veille d'ailleurs au grain. D'après des informations du Parisien, un groupe de députés va ainsi se rendre à Bercy pour échanger directement avec Bruno Le Maire et Gabriel Attal sur les premières ébauches du budget, composé notamment de Daniel Labaronne et de Charles Sitzenstuhl. Les discussions devraient cependant être très cordiales. Les deux parlementaires, issus de l'aile droite du parti, sont tous les deux appréciés du ministre de l'Économie.

Mais, soucieux de laisser un peu d'oxygène à ses élus, pas question de s'opposer à certaines mesures symboliques comme la proposition de loi sur la constitutionnalisation de l'IVG. Si le patron du Modem, François Bayrou, a déjà fait entendre ses réticences et Emmanuel Macron évoqué le "traumatisme" que représente l'avortement, les députés veulent avancer sur le sujet.

Laisser de l'oxygène

Au-delà de cette question, le chef de l'État était déjà opposé à l'allongement du délai d'accès à l'IVG à l'automne et l'hiver dernier, ce qui avait d'ailleurs fait l'objet d'un bras de fer entre lui et Christophe Castaner, alors patron de la majorité. L'ancien ministre de l'Intérieur avait cependant tenu bon, soutenu par les députés, et était finalement parvenu à faire adopter le texte.

De quoi donner de l'espoir à Sacha Houlié, le président de la commission des Lois qui a déposé en août dernier une proposition de loi constitutionnelle pour permettre aux étrangers de voter aux élections municipales. Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin y est, lui, "fermement opposé".

"Se faire entendre sans vexer les uns et les autres et en faisant passer les textes... J'ai l'impression qu'on va faire de gros maux de tête alors qu'on n'a même pas siégé deux mois", soupire un conseiller ministériel, avant de souhaiter bonne chance à... Aurore Bergé.

Article original publié sur BFMTV.com