Les sulfureux secrets de la libération d’un terroriste

En 2008, un petit bateau bourré d’ordinateurs et de matériel sismique a sillonné le golfe de Sidra, au large des côtes libyennes. Sa mission était de localiser les prochains gisements pétroliers de BP. Pour le groupe anglo-néerlandais, cette prospection pourrait représenter pas moins de 15 milliards de livres [17 milliards d’euros] de chiffre d’affaires supplémentaire. Mais, il y a un peu moins de deux ans, on a craint que l’accord ne tombe à l’eau en raison des querelles à propos d’Abdelbasset Ali Mohamed Al-Megrahi, condamné pour l’attentat de Lockerbie. Six semaines après la volte-face du gouvernement, BP a enfin obtenu le feu vert. Londres a en effet accepté d’inclure Al-Megrahi dans un accord d’échange de prisonniers conclu avec la Libye, accord en vertu duquel les prisonniers pouvaient purger leur peine dans leur pays d’origine. Jack Straw, le ministre de la Justice, a révélé cette décision dans une lettre à son homologue écossais, évoquant “des négociations plus larges” et “les intérêts supérieurs du Royaume-Uni”.

Des sources britanniques et li­byennes ont affirmé fin août que parmi ces intérêts figuraient les visées de BP sur les réserves de pétrole et de gaz de la Libye. La décision d’inclure Al-Megrahi dans l’accord d’échange de prisonniers était perçue par certains responsables libyens comme une première étape vers sa libération – et BP a enfin obtenu le feu vert qu’elle attendait depuis longtemps. Fin août, le pétrolier a nié que l’accord dont il a bénéficié ait été influencé par les pourparlers sur les transferts de prisonniers, et plus particulièrement sur celui d’Al-Megrahi. Mais d’autres sources estiment que les deux sont manifestement liés. Selon Saad Djebbar, un avocat international qui conseille le gouvernement libyen et a rendu visite à Al-Megrahi en prison en Ecosse, “il ne faisait aucun doute que, si Al-Megrahi était mort en prison, ç’aurait été au détriment de l’industrie britannique”.

“Comment peut-on laisser entendre que notre gouvernement et celui de M. Kadhafi aient pu se livrer à un quelconque marchandage sur la liberté ou la vie de ce prisonnier libyen et en faire la condition d’un accord commercial ? C’est non seulement faux, mais encore totalement invraisemblable, pour ne pas dire tout à fait déplacé”, déclarait pourtant fin août lord Mandelson, le ministre du Commerce britannique. Les lettres auxquelles a eu accès le Sunday Times confirment cependant que le sort d’Al-Megrahi était perçu par le gouvernement britannique comme un enjeu de première importance dans les relations avec la Libye. De toute évidence, Londres, en se montrant disposé à libérer Al-Megrahi, cherchait à s’attirer les bonnes grâces du colonel Muammar Kadhafi. Le gouvernement va maintenant devoir s’expliquer sur son rôle exact dans les accords commerciaux. A-t-il oui ou non favorisé Al-Megrahi ? William Hague, le ministre des Affaires étrangères du cabinet “fantôme”, demande au gouvernement de révéler si les contrats pétroliers étaient au cœur des négociations sur l’accord d’échanges de prisonniers entre la Libye et le Royaume-Uni.

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