En Suisse, une exposition qui déconstruit le mythe de l’infirmière

On la surnommait “la dame à la lampe”. Durant la guerre de Crimée, l’infirmière britannique Florence Nightingale effectuait ses rondes munie d’une lampe à huile. L’image – une silhouette en robe victorienne apaisant des soldats balafrés – marque les journalistes de l’époque. Largement relayée, elle fera de Nightingale la fondatrice des soins infirmiers (on peut même visiter son musée à Londres). Et l’emblème du rôle des femmes dans l’humanitaire.

“Deviens un membre du Croissant-Rouge turc !”, affiche de Kökten Bedri,  Turquie, vers 1960.. Zoé Aubry/Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, Genève.
“Deviens un membre du Croissant-Rouge turc !”, affiche de Kökten Bedri, Turquie, vers 1960.. Zoé Aubry/Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, Genève.

Cette figure douce et sacrificielle, on en retrouve d’infinies déclinaisons dans l’histoire de la Croix-Rouge. Sur une affiche belge de 1915, l’infirmière se voit (littéralement) pousser des ailes, ange bandant le front d’un officier. Sur cet autre poster de 1918, elle tient dans ses bras un brancard de la taille d’un nourrisson. “La meilleure mère du monde”, nous dit-on…

Cette imagerie ouvre la nouvelle exposition du musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (MICR)*, et lui sert de moteur. Car si ces représentations ont pu refléter une certaine réalité, elles restent partielles et biaisées, souligne l’institution genevoise. “Who Cares ? Genre et action humanitaire” explore justement le hors-champ : là où les femmes ont œuvré sans qu’on les regarde.

Reléguées dans l’ombre

“Who cares” : l’expression est double, et c’est volontaire – interrogeant à la fois “qui s’en préoccupe” et “qui prend soin”. Depuis quelques années, le terme care désigne même, en français, un domaine professionnel encore majoritairement conjugué au féminin. Réalisée en partenariat avec l’université de Genève [Unige], l’exposition vise elle aussi à rééquilibrer les rôles. En déjouant, à travers 200 photos et objets, des stéréotypes vieux de plus d’un siècle.

Comme celui opposant compassion et intellect. En face des saintes infirmières (à peau blanche), ce cliché des fondateurs de la Croix-Rouge, costumes et visages graves. “Que des hommes, pour prendre les décisions rationnelles”, lance Dolores Martín Moruno, co-commissaire de l’exposition, spécialiste du genre et de la médecine humanitaire à l’Unige.

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