Suicides à l'hôpital : mourir pour être entendu

suicides à l'hôpital : mourir pour être entendu

Depuis la loi de réforme de l’hôpital votée en 2009, nombre de médecins et infirmiers se sont donné la mort partout en france, et dans une omerta totale. C’est le suicide d’un éminent professeur en 2015 qui, peu à peu, délie les langues. Face aux restructurations autoritaires et aux guerres de pouvoir, certains osent enfin briser le silence et porter plainte. Des témoignages effrayants pour l’avenir de l’hôpital public. 

Me Christelle Mazza
Avocate spécialisée dans la souffrance au travail dans la fonction publique, elle reçoit de plus en plus de praticiens anéantis.

Paris Match. Vous avez été saisie du suicide du Pr Mégnien à l’Hôpital Pompidou en 2015. Quelle en était la cause ?
Me Christelle Mazza. Ce brillant cardiologue de 54 ans s’est donné la mort sur son lieu de travail après avoir longtemps dénoncé des propos et des comportements répétés qui ont détruit sa carrière et sa santé. Après ce choc, une vague de ­suicides sans précédent a suivi à ­l’hôpital. Le passage à l’acte du Pr Mégnien est en cours d’information judiciaire. Deux juges d’instruction ont été désignés au sein du pôle santé. La manifestation de la vérité prend du temps en matière de harcèlement moral car les ressorts sont pervers et donc dissimulés.

Depuis quand les médecins vivent-ils cette souffrance morale à l’hôpital ?
Depuis environ huit ans. La loi HPST de 2009 (hôpital, patients, santé et territoire), mise en place par Roselyne ­Bachelot sous la présidence Sarkozy, a modifié le mode de gouvernance et de financement de l’hôpital.

De quelle façon ?
Il y a d’un côté les équipes de soins, de l’autre la direction administrative. Cette dernière met en place les politiques managériales dictées par le ministère : restrictions budgétaires, restructuration des services. Les deux pôles s’affrontent en permanence.

Avant cette loi, qui s’occupait de la direction de l’hôpital ?
Les médecins avaient plus de pouvoir. Mais Nicolas Sarkozy a voulu “un seul patron à l’hôpital” en nommant un directeur. L’institution doit être rentable à tout prix.

Ces directeurs ne sont-ils pas formés au management ?
Ce sont de purs administratifs, comme ceux des grandes écoles formant les(...)


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