Suez propose de négocier via une offre d'Ardian-GIP, Veolia refuse

·4 min de lecture
SUEZ PROPOSE À VEOLIA DE NÉGOCIER SUR LA BASE D'UNE OFFRE D'ARDIAN/GIP

PARIS (Reuters) -Suez s'est dit prêt dimanche à engager des discussions avec Veolia sur la base d'une offre ferme de reprise de certaines de ses activités présentée par les fonds Ardian et Global Infrastructure Partners (GIP), une proposition immédiatement rejetée par Veolia qui l'a qualifiée d'"offre fantôme".

Ardian et GIP ont annoncé dans un communiqué distinct qu'ils proposaient de reprendre des activités de Suez pour un montant de 11,9 milliards d'euros, soit l'équivalent de 20 euros par action sur la base d'une valeur d'entreprise de 15,8 milliards.

Suez, spécialisé dans les services collectifs, est depuis l'été dernier la cible d'une offre de rachat de son concurrent Veolia, devenu son premier actionnaire depuis l'acquisition d'un bloc de 29,9% détenu auparavant par Engie.

L’offre Ardian-GIP porte sur la totalité des activités françaises "Eau" et "Recyclage et Valorisation" de Suez auxquelles s’ajoutent plusieurs activités "Eau et Technologie" à l’international.

"Nous espérons que notre offre contribuera à favoriser une solution négociée entre Suez et Veolia dans l’intérêt de ces deux champions français", a déclaré Mathias Burghardt, responsable d’Ardian Infrastructure, dans un communiqué.

Suez propose à Veolia d'engager des discussions tripartites sur la base de la proposition du consortium et fixe une date-butoir au 20 avril pour y parvenir. Faute de quoi, le groupe présidé par Philippe Varin avertit qu'il accélérera la mise en oeuvre de son plan stratégique, qui passe par des cessions d'actifs.

"Le conseil d’administration de Suez affirme sa volonté de trouver une solution négociée avec Veolia dans l’intérêt de ses salariés, ses clients et ses actionnaires", déclare Philippe Varin.

"Nous avons désormais une solution, soutenue par une nouvelle proposition du consortium Ardian–GIP, qui permettrait aux deux entreprises de finaliser un accord dans l’intérêt de toutes les parties prenantes, et qui répond aussi aux objectifs fixés par l’Etat", ajoute-t-il dans un communiqué.

VEOLIA "PAS INTÉRESSÉ PAR LE DÉMANTÈLEMENT DE SUEZ"

Veolia, qui a présenté une offre à 18 euros par action Suez, a proposé le 11 mars dernier à Suez de préserver ses activités en France au sein d'une même entité pour sortir du bras de fer qui oppose les deux groupes depuis l'été dernier, sans convaincre toutefois sa cible, qui a en outre placé certaines de ses activités dans une fondation de droit néerlandais pour tenter de les soustraire à l'appétit de son concurrent.

Veolia proposait alors que le fonds Meridiam, avec lequel il avait déjà conclu un accord de principe pour lui céder l'activité "Eau France" de Suez, reprenne l'ensemble des activités de Suez en France qui pourrait continuer d'opérer sous son nom.

Suez a indiqué dimanche que son conseil serait prêt à recommander un accord avec Veolia à condition qu'il soit basé sur le projet présenté par Ardian-GIP, et non sur celui de Meridiam. Autres conditions fixées: que Veolia relève son offre à 20 euros par action et qu'il présente de solides engagements auprès des salariés de Suez.

Après ces annonces d'Ardian-GIP et de Suez dimanche, le groupe dirigé par Antoine Frérot a déclaré qu'il n'était "pas intéressé par le démantèlement de Suez proposé par M. Philippe Varin" et qu'il ne vendrait ni n'échangerait ses 29,9% au capital de son concurrent.

"Il ne saurait y avoir de discussions avec la direction de Suez tant qu’un accord n’aura pas été formellement exprimé au préalable par le conseil d’administration de Suez sur ce périmètre du nouveau Suez proposé par Veolia; tant que l’entité néerlandaise, qui porte gravement atteinte à l’intérêt social et à la valeur de Suez, n’aura pas été dissoute; tant que les cessions précipitées des actifs stratégiques de Suez à l’international n’auront pas été suspendues; tant que les procédures judiciaires lancées à l’initiative de Suez n’auront pas été retirées", déclare Veolia, qui accuse les dirigeants de Suez de "favoriser leur intérêt personnel et patrimonial en offrant à deux fonds court-termistes de choisir à la carte leurs actifs" dans le cadre d'une "offre fantôme".

(Jean-Michel Bélot, avec Gwénaëlle Barzic et Bertrand Boucey)