Dans le sud du Mali, des habitants disent leur ras-le-bol des entreprises minières chinoises

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Depuis plusieurs mois, des habitants du cercle de Yanfolila, situé dans le sud du Mali, s’opposent à la présence d’entreprises minières chinoises dans leur zone. Ils les accusent notamment de polluer le cours d’eau voisin. Le 2 décembre, ils ont ainsi tenté de les chasser, lors d’une opération intitulée "Dehors les Chinois destructeurs de l’environnement".

Début décembre, un habitant de Kalana a alerté notre rédaction concernant le ras-le-bol de la population locale face aux activités d’entreprises chinoises qui exploitent l’or dans leur zone. Il a toutefois tenu à conserver l’anonymat, par crainte de représailles des autorités locales.

Kalana est le le chef-lieu de Gouandiaka, l’une des douze communes que compte le cercle de Yanfolila, dans la région de Sikasso, située dans le sud du Mali. Cette région est riche en minerais : or, lithium, aluminium, nickel et diamant. Par exemple, l’entreprise minière canadienne Endeavour Mining est présente à Kalana.

"Avant, le fleuve était transparent et les animaux buvaient son eau, mais désormais, il a une couleur café au lait"

Cet habitant a indiqué à notre rédaction qu’une opération intitulée "Dehors les Chinois destructeurs de l’environnement" avait été organisée à Kalana, le 2 décembre dernier.

C’était la première fois qu’un événement de la sorte était organisé à Kalana. Environ 2 000 à 3 000 habitants des douze communes du cercle de Yanfolila sont venus. Nous avons dit aux Chinois d’arrêter leurs travaux et de rassembler leurs pelleteuses, faute de quoi nous allions les brûler. Le maire de Kalana était également là : il souhaitait qu’un dialogue ait lieu avec eux, sauf que nous leur avions déjà donné un ultimatum il y a plusieurs mois pour qu’ils partent, puisqu’ils exploitent nos terres sans notre consentement. Finalement, nous avons réussi à faire partir une trentaine de pelleteuses.

Autre vidéo tournée à Kalana, le 2 décembre.

Nous reprochons aux entreprises chinoises de polluer la rivière Sankarani, un affluent du fleuve Niger, avec les produits chimiques qu’ils utilisent pour leurs activités. Ce fleuve est le seul que nous utilisons pour l’agriculture et l’élevage des animaux. Or, son aspect a changé ces derniers mois : avant, il était transparent et les animaux buvaient son eau, mais désormais, il a une couleur café au lait. De plus, les poissons ne sont presque plus visibles. D’ailleurs, quand des pêcheurs attrapent les rares poissons qui restent, les Chinois les reprennent, les jettent et leur donnent de l’argent en échange.

Par ailleurs, nous leur reprochons de détruire la forêt : là où il y a des activités minières, on dirait maintenant le désert.

Il y a deux ou trois ans, quelques Chinois ont commencé à arriver dans la zone. Mais depuis un an, ils sont une centaine, avec leurs employés ghanéens, togolais… Ils exploitent plusieurs sites miniers dans le cercle de Yanfolila, mais c’est autour de Kalana qu’ils sont les plus nombreux.

C’est pour cette raison – pour défendre nos droits et notre écosystème – que nous avons d’ailleurs créé l’association des douze communes, il y a un an environ.

Avant la mobilisation du 2 décembre, nous avions déjà dit aux Chinois de partir, donc ils avaient fait venir des agents de sécurité armés. L’un d’eux a d’ailleurs tiré sur un habitant fin août : il a été blessé et je ne sais pas s’il a survécu.

Au moins deux entreprises minières chinoises dans la zone

Notre Observateur reproche aux Chinois d’avoir commencé à exploiter le sol sans avoir reçu d’autorisation au préalable, ce qui serait contraire au Code minier du Mali :

Après notre mobilisation du 2 décembre, ils sont allés rencontrer le général de brigade Keba Sangaré, qui est gouverneur de Bougouni [dans la région de Sikasso, NDLR] : à la surprise générale, ils sont ensuite revenus avec des documents datant de septembre 2021, pour deux entreprises, les autorisant à explorer le sol. Pourtant, cela faisait déjà plus d’un an qu’ils exploitaient le sol ici !

De fait, plusieurs photos publiées sur la page Facebook du gouvernorat de la région de Bougouni, le 6 décembre, attestent qu’une rencontre a eu lieu entre le gouverneur et des représentants de deux entreprises chinoises, "K.A Gold Mining Sarl" et "Zhon Tuo Mining SARL".

Selon les publications Facebook, la première aurait un "permis d’exploitation d’or dans le cercle de Yanfolila" et la seconde un "permis d’exploration et d’exploitation dans la localité de Ladjico, à Yanfolila".

Notre rédaction n’a toutefois pas pu vérifier les documents dont ces entreprises disposaient avant la rencontre, ni ceux qu’elles auraient depuis le 6 décembre.

Notre rédaction a contacté le gouvernorat de la région de Bougouni, au sujet des activités de ces entreprises, de même que Amara Sékou Traoré, le maire de Kalana, et Seydou Diakite, le président du conseil de cercle de Yanfolila, mais nos questions sont restées sans réponses. Nous les publierons si elles nous parviennent. De même, nous ne sommes pas parvenus à contacter les deux entreprises chinoises.

Des travaux "sans permis d’exploitation"

Cependant, une circulaire du préfet du cercle de Yanfolila, publiée le 16 décembre, confirme certaines des inquiétudes de notre Observateur. La circulaire fait suite à une visite qu’il a conduite "dans la zone minière des communes de Gouandiaka et Wassoulou-Ballé [...], consécutive à l’arrêt des activités [...] de la société Zhong Tuo Mining SARL, à la suite des manifestations du 2 décembre 2021".

Principal constat, qui rejoint les griefs de notre Observateur : "L’état de dégradation des cours d’eau et des plaines dû aux activités d’exploitation aurifère dans cette zone."

L’une des recommandations : "Faire arrêter les travaux d'exploitation des petites mines de Noufra, Ladjicourou et Kalako, jusqu’à l’obtention du permis d’exploitation. Le préfet a notifié à la société la non-reprise des travaux dans ces conditions. "Ici, il est clairement indiqué que des travaux ont eu lieu sans permis d’exploitation, bien que le nom de la société ne soit pas mentionné et qu’il ne soit pas précisé si elle avait au minimum une autorisation d’exploration." Autre recommandation : "Interdire l’exploitation aurifère dans les servitudes des cours d’eau [...]."

Cette circulaire mentionne toutefois aussi la présence d'orpailleurs, polluant également l’environnement.

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