Cette substance pourrait « éteindre » le cerveau en un instant

Emma Hollen, Journaliste scientifique

Alors qu'une équipe de chercheurs étudiait les motifs de l'activité cérébrale chez des moutons atteints de la maladie de Huntington, ils ont fait une découverte étonnante qui pourrait offrir une nouvelle compréhension des mécanismes d'action de certains anesthésiques. En l'occurrence, c'est en administrant à leurs sujets de la kétamine, une substance synthétisée pour la première fois en 1962, qu'ils ont découvert une interruption complète de l'activité cérébrale chez ces derniers pendant plusieurs minutes, un phénomène qui, d'après eux, n'avait jamais été observé auparavant.

Les relevés EEG des six moutons étudiés par les chercheurs © Nicol & Morton, Scientific Reports, 2020

Interruption du cerveau

« Il ne s'agissait pas simplement d'une baisse de l'activité cérébrale. Après une dose importante de kétamine, le cerveau de ces moutons s'est complètement arrêté. Nous n'avions jamais vu cela auparavant, commente Jenny Morton, de l'université de Cambridge. Quelques minutes plus tard, leurs cerveaux fonctionnaient à nouveau normalement. C'était comme si on les avait éteints et rallumés. » Cette étonnante action de la kétamine a pu être observée grâce aux relevés électroencéphalographiques collectés par les chercheurs.

Plusieurs dosages ont donc été mis à l'épreuve, allant de 3 mg/kg à 24 mg/kg, soit le seuil maximal en tant qu'anesthésique et minimal en tant que drogue. Les chercheurs ont alors été surpris de constater que l'activité cérébrale des moutons suivait systématiquement trois étapes distinctes : sédation, anesthésie dissociative et absence de mouvements volontaires, puis état pleinement conscient et alerte, toujours sans mouvements volontaires.

Au plus haut dosage, les chercheurs ont pu observer l'interruption complète de l'EEG chez cinq des six moutons testés, survenant deux minutes après l'administration de la substance. Les animaux continuaient néanmoins de respirer, suggérant que certaines zones corticales étaient encore actives. « Le cerveau n'est ni mort ni...

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