A Strasbourg, stress et débrouille pour les étudiants confrontés à la fermeture de l'université

A Strasbourg, la fermeture inédite de l'université en cette première semaine de 2023, destinée à réaliser des économies sur la facture de chauffage, est loin d'être idéale pour les étudiants, entassés dans les rares bâtiments ouverts.

"Il y aura une troisième semaine de congés de Noël, début janvier, et une semaine complète de cours en distanciel en février", avait annoncé en septembre Michel Deneken, le président de l'Université de Strasbourg (Unistra). Deux semaines de fermeture inhabituelle des locaux pour faire face à l'explosion des prix de l'énergie.

Ainsi, depuis lundi, seuls quelques rares bibliothèques et restaurants universitaires sont ouverts dans la capitale alsacienne, pris d'assaut par une partie des 60.000 étudiants que compte la ville.

Dans les bibliothèques Alinéa et Studium, les seules accessibles sur le campus Esplanade, "on ne s'attendait pas à une telle affluence", notent les personnels à l'accueil.

Le Studium a atteint 95% de ses capacités, selon l'administration. Habituellement, moins d'un tiers des 600 places sont occupées. La bibliothèque accueille aussi quelques classes délocalisées, pour qui les cours en présentiel ont été maintenus.

- "Bibliothèque débordée" -

Une situation qui peut s'avérer compliquée pour certains étudiants à la veille des examens semestriels: "Nos études nécessitent des révisions en groupe et aucune salle n'est disponible", confie à l'AFP un groupe d'étudiants en master de Data science.

"Je ne sais pas à quoi m'attendre pour la rentrée. Je pense que l'examen sera plus compliqué: les enseignants partent du principe qu'on a eu une semaine supplémentaire pour travailler, sauf qu'on n'est pas dans de bonnes conditions", regrette l'un d'entre eux.

Théo, étudiant en Erasmus revenu à Strasbourg pour les vacances, constate que "la Bibliothèque nationale et universitaire (BNU) est la seule bibliothèque ouverte jusqu'à 22H00, donc elle est débordée".

Même si la BNU, qui ne dépend pas de l'Université, a mis en place un plan qui lui permet d'étendre ses horaires, y trouver une place peut en effet se révéler compliqué.

Chloé Domingos, vice-présidente du syndicat l'Alternative Etudiante Strasbourg, a reçu des témoignages d'étudiants renvoyés de la BNU par manque de place. "La situation est particulièrement problématique", dénonce-t-elle.

Comme plusieurs syndicats, Chloé Domingos s'était opposée à la fermeture de l'Unistra: "En fermant ses locaux, ses bibliothèques, l'université reporte les coûts de l'énergie sur les étudiants". Pour elle, "entre les coûts supplémentaires et l'organisation, le stress est décuplé chez eux".

Pour certains, les examens seront condensés à partir de lundi prochain sur une seule semaine, au lieu de deux habituellement.

- "Personnel sous tension" -

En centre-ville, un seul restaurant universitaire est ouvert, et uniquement le midi. "Habituellement, nous avons les restaurants Paul Appell, Esplanade, des cafétérias sur le campus...", détaille Guillaume Kuhler, directeur adjoint du Crous de Strasbourg. "Pour la réouverture du restaurant Gallia lundi, nous avons servi 800 à 900 repas, c'est plus que d'habitude", alors que 600 repas étaient prévus pour la première journée.

Mais il tient à rassurer, "le restaurant Gallia peut servir toutes celles et ceux qui s'y présentent, après la première journée nous avons fait appel à des renforts".

Des étudiants font toutefois état de plus d'une demi-heure d'attente pour être servis.

Pour Virginie Rivière, secrétaire générale de la CGT au Crous de Strasbourg, qui travaille au restaurant universitaire du quartier de Cronenbourg, avec un seul restau U ouvert, "cette situation n'est pas étonnante, les étudiants sont là et ils ont besoin de manger".

Depuis la rentrée, elle constate que "le personnel est sous tension. On atteint des chiffres d'affluence qu'on n'avait jamais vus, avec le repas à 1 euro pour les étudiants boursiers et la hausse des prix".

En fermant ces deux semaines supplémentaires cet hiver, l'Unistra espère alléger un peu une facture de gaz et électricité qui va bondir de 10 millions d'euros en 2021 à 36 millions pour 2023.

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