Strasbourg: le livreur qui avait refusé de livrer des clients juifs condamné et obligé de quitter le territoire

Jeanne Bulant avec AFP
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Un livreur Deliveroo en Grande-Bretagne (PHOTO D'ILLUSTRATION) - Daniel Leal-Olivas - AFP
Un livreur Deliveroo en Grande-Bretagne (PHOTO D'ILLUSTRATION) - Daniel Leal-Olivas - AFP

Un livreur de repas Deliveroo de 19 ans a été condamné à quatre mois de prison ferme ce jeudi à Strasbourg et va être expulsé du territoire national pour avoir refusé de livrer des clients juifs la semaine passée, a fait savoir le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin sur Twitter.

Les propriétaires de deux restaurateurs casher de Strasbourg avaient porté plainte lundi, après le refus par un ou deux livreurs Deliveroo de prendre en charge leurs commandes et la tenue de propos antisémites.

"J’ai pris la décision de faire expulser du territoire national le 'livreur' de repas qui, dans le Bas-Rhin, avait déclaré ne pas vouloir effectuer de livraisons auprès des clients juifs. Il a, par ailleurs, été condamné à 4 mois ferme", écrit-il sur le réseau social.

1000 euros de préjudice moral

Jugé en comparution immédiate, le jeune homme, arrivé en France avec un visa de tourisme il y a environ un an et désormais présent de manière illégale sur le territoire, fait donc également l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.

"Toute discrimination est interdite en France par la loi. On doit respecter tout le monde dans ce pays", a insisté le président du tribunal Bertrand Gautier, en rendant la décision qui est assortie d'un mandat de dépôt et est conforme aux réquisitions du parquet.

Lundi, Deliveroo avait indiqué avoir pris contact avec les restaurateurs concernés. "Nous prenons cet incident très au sérieux et avons immédiatement décidé de mener notre propre enquête interne, pour tirer au clair ces circonstances", a réagi l'entreprise dans un message écrit.

À l'audience, l'un des restaurateurs a réaffirmé que ce livreur, qui utilisait de manière non déclarée le compte Deliveroo d'un autre, lui avait dit: "Je ne livre pas les Juifs", avant d'annuler la commande devant lui.

Aidé par un interprète, le livreur a lui reconnu avoir annulé les commandes, comme la plateforme Deliveroo permet de le faire, mais pas avoir prononcé cette phrase. L'avocat des deux restaurateurs, Me Raphaël Nisand, a estimé à l'issue de l'audience que "la justice a bien parlé", mais a néanmoins regretté que Deliveroo n'ait pas été concerné par une action en justice.

Deliveroo "pas particulièrement coopérative ni réactive"

Alors que Deliveroo avait affirmé lundi prendre "cet incident très au sérieux", le président du tribunal a déclaré à l'audience que l'entreprise n'avait été "pas particulièrement coopérative ni très réactive" avec la police pour identifier ce livreur, qui utilisait les accès à la plateforme d'une personne et se faisait verser l'argent de ses livraisons sur le compte d'une troisième personne.

"Nous sommes soulagés de l'issue de cette enquête, qui a permis d'identifier l'auteur de ces faits odieux, grâce à la coopération étroite de Deliveroo avec les services de police", a de son côté affirmé la directrice générale de Deliveroo, Melvina Sarfati El Grably, dans un message écrit transmis à l'AFP.

L'entreprise a indiqué avoir "pris la décision irrévocable de mettre un terme à notre partenariat avec le titulaire du compte, pour manquement grave", celui-ci ayant "en effet prêté son compte de manière illégale à l'auteur des faits, pratique que nous condamnons".

Le livreur a également été condamné à verser 1000 euros à chacun des restaurateurs au titre de préjudice moral, ainsi que des dommages et intérêts à SOS Racisme Alsace, au Mrap, à la Licra Bas-Rhin, au Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme (BNVCA), au Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) et au Consistoire israélite du Bas-Rhin, qui s'étaient portés partie civile. "La main des juges n'a pas tremblé devant l'antisémitisme", s'est réjoui la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra) sur Twitter.

Article original publié sur BFMTV.com