Strasbourg: l'Etat avait déjà accordé contrat et subvention à l'association Millî Görüs

C.Bo.
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La mosquée Eyyub Sultan à Strasbourg.  - Frédérick Florin
La mosquée Eyyub Sultan à Strasbourg. - Frédérick Florin

L'association Millî Görüs, au coeur d'une polémique autour du possible financement du chantier de sa mosquée par la mairie de Strasbourg, a été plusieurs fois en relation pour d'autres dossiers avec les services de l'Etat dont il a obtenu contrat et subvention, a-t-on appris mercredi auprès de la préfecture du Bas-Rhin.

Association d'origine turque, la Confédération islamique Millî Görüs (CIGM) Est a reçu en 2020 dans le cadre d'une "action caritative" une "subvention" de 2500 euros de la préfecture, a indiqué cette dernière à l'Agence France-Presse (AFP), confirmant des informations des quotidiens Libération et Les Dernières Nouvelles d'Alsace.

La question du financement public de Millî Görüs, accusé par le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin de promouvoir "un islam politique", est l'objet d'une polémique depuis dix jours: le ministre reproche à la mairie verte de Strasbourg, qui a voté le 22 mars le "principe" d'une subvention de 2,5 millions d'euros pour le chantier de la mosquée "Eyyub Sultan" de la CIGM, de financer une "ingérence étrangère" sur le sol français.

Il pointe aussi son refus en janvier de signer la charte des principes de l'islam de France, texte également non ratifié par trois autres fédérations du Conseil français du culte musulman (CFCM).

"Accordée après le refus"

La subvention préfectorale de 2500 euros "a été accordée avant le refus" de signer cette charte. "Le contexte n'était pas le même", a justifié la préfète du Bas-Rhin, Josiane Chevalier.

La subvention s'inscrit "dans le mouvement de solidarité nationale en soutien aux actions associatives pendant le (premier) confinement", quand le Bas-Rhin était touché de plein fouet par le coronavirus.

Par ailleurs, "dans le cadre d'un partenariat institutionnel", une "convention" pour lutter contre l'insécurité routière dans les quartiers prioritaires strasbourgeois a été signée en 2020 avec le Conseil régional du culte musulman (CRCM), présidé par Eyup Sahin, également président de Millî Görüs Est, selon la préfecture.

Selon cette dernière, l'association "Vision", présidée par Eyup Sahin, a aussi pu ouvrir il y a "quelques années" une école primaire, qui fait toutefois "l'objet d'un contrôle renforcé" de la direction académique des services de l'Éducation nationale. L'arrêté préfectoral du 18 février 2019, mis en ligne par Libération, estime notamment que les conditions d'ouverture de l'école privée hors contrat "Eyyub Sultan" à Strasbourg "sont remplies".

"Une plus grande vigilance"

Josiane Chevalier a toutefois "refusé l'autorisation d'ouverture d'une école maternelle privée hors contrat à Strasbourg" demandée par Eyup Sahin pour Millî Görüs. La préfète évoque notamment "plusieurs expressions publiques récentes" de Eyup Sahin manifestant "un non attachement aux valeurs de la République", selon la préfecture, qui n'a pas précisé la teneur des déclarations ni quand ce refus est intervenu.

Interrogé le président de Millî Görüs France et secrétaire général du CFCM, Fatih Sarikir, a souligné que sa fédération comptait "onze groupes scolaires" qui "ont reçu un agrément" académique. Un tel agrément nécessite d'abord "l'avis favorable du préfet, du procureur de la République, le maire a son mot à dire. Ce n'est pas rien".

Dans un courrier adressé cette semaine aux préfets, Gérald Darmanin et Marlène Schiappa, ministre chargée de la Citoyenneté, les ont invités à "faire preuve de la plus grande vigilance dans l'instruction des projets (...) au titre desquels" les fédérations non signataires de la Charte "pourraient solliciter les services de l'Etat".

Les liens passés entre la CIMG et les services de l'Etat ont notamment suscité l'ire du secrétaire national d'EELV, Julien Bayou, qui a dénoncé mercredi sur Twitter une "tartufferie complète".

Article original publié sur BFMTV.com