Stop ou encore ?

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Désolante mais incontournable interrogation à la veille de l’acte IX de la mobilisation des gilets jaunes : quel sera le niveau de violence en marge des cortèges dans les rues de Paris, Bordeaux et même Bourges, où certaines figures du mouvement ont appelé à défiler ? Le nombre de manifestants à travers la France sera aussi scruté pour vérifier que le regain de mobilisation enregistré il y a huit jours se confirme, ou pas. Mais après une semaine marquée par les images des coups de poing contre un CRS sur la passerelle Senghor, par celles du portail défoncé du ministère de Benjamin Griveaux, par la consternante bataille des cagnottes en soutien au boxeur ou aux forces de police, par l’annonce d’une prochaine loi «anti-casseurs», par la divulgation du chiffre record d’interpellations… c’est bien la question du «stop ou encore plus de violences» qui agite les esprits, et pèsera sur la suite.

Le gouvernement dit s’attendre à un regain de radicalité. Il s’y est préparé en mobilisant 80 000 policiers et gendarmes. C’est plus que le nombre de manifestants samedi dernier, ce qui laisse songeur. Les Français, eux, semblent marcher sur un fil : le soutien au mouvement ne se dément pas, mais attention au «ça casse, ça lasse». Un nouveau week-end de heurts sera-t-il celui de trop pour les gilets jaunes ? Possible. Le pouvoir compte sur ce revirement de l’opinion, mais les signaux en ce sens restent pour l’instant trop faibles pour qu’il s’y accroche. Surtout, le gouvernement marche aussi sur un fil. Celui qui sépare le discours politique de fermeté, compris voire réclamé par une majorité de l’opinion, et le risque de dérapage ou pire, de drame, lors d’affrontements entre casseurs et forces de l’ordre. Une nouvelle séquence d’ultraviolence serait enfin pour le chef de l’Etat le pire scénario avant le lancement officiel du «grand débat». Un week-end décidément à hauts risques pour tout le monde.



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