"Qui de Stendhal ou de Hugo gagnera?", la chronique de Bernard Pivot

A moi non plus, on n'a rien dit. Sur l'élection d'un "écrivain national". Heureusement, Régis Debray a eu vent de la chose. Il a jugé que celui qui donnera son nom au pavillon français de la prochaine ­Exposition universelle méritait un peu de réflexion. Il s'est transformé en un lanceur d'alerte. Pas sous le manteau, en catimini, au contraire avec panache et autorité, en publiant un livre sobrement ­intitulé Du génie français. Qui sera l'écrivain représentatif du génie français?

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Eh bien, Stendhal ou Hugo. Un jury de grands électeurs choisis par la Société des gens de lettres a éliminé tous les autres, ne gardant que ces deux-là. Une consultation populaire les départagera. Régis Debray a pris les devants. Il vote Hugo, le grand Hugo, l'éternel Hugo, ­l'insurpassable Hugo. Et il dézingue Stendhal! Il a fait d'autant plus vite pour lui régler son compte qu'au premier tour ­Stendhal a ­obtenu 56 voix et Hugo seulement 44. La menace est grande. De lanceur d'alerte Régis Debray est devenu lanceur de couteaux.

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Il serait plus logique de proposer Stendhal comme "écrivain européen" plutôt que comme "écrivain national"

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Henri Beyle, dit Stendhal, n'aimait pas Grenoble, sa ville natale, ni la France. Il leur préférait ­l'Italie. "Ma chère Italie, c'est mon vrai pays." Il rêvait d'être ­ambassadeur. L'administrateur civil n'a eu droit qu'à des postes subalternes, jusqu'à être consul "dans un trou pe...


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