Statistiques ethniques : le chiffon rouge

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La porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, est pour l'instauration de statistiques ethniques. La plupart des autres ministres sont contre. Quant à Emmanuel Macron, il a dit préférer des « actions concrètes » contre les discriminations, ce qui ne mange pas de pain. Si l'on sent un tel embarras sur le sujet, c'est parce qu'il a été instrumentalisé depuis longtemps à des fins inavouables, certains transformant tout partisan d'études approfondies sur le parcours familial des citoyens en agent d'une stigmatisation à l'égard des familles d'immigrés. C'est ce qui est arrivé à la démographe Michèle Tribalat, diabolisée pour avoir osé sortir du discours convenu.

A priori, pourtant, les choses sont assez simples. La France interdit la mise au point de fichiers normatifs fondés sur des données ethniques, fidèle en cela aux valeurs de la République, qui « assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion », comme l'affirme l'article 1er de la Constitution. Les fichiers administratifs violant cette règle sont donc prohibés et c'est très bien, surtout quand soufflent les grands vents des replis identitaires.

Repli

En revanche, rien n'empêche les études et les recherches scientifiques prenant en compte les itinéraires des uns et des autres, ne serait-ce que pour regarder en face la réalité des discriminations et trouver les bons moyens d'y répondre. L'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) comme l'Institut national des études démographiques (Ined) peuvent parfaitement étudier les itinéraires des personnes migrantes et de leurs descendants, ou les origines ethniques, dans un cadre très contrôlé, à l'instar des statistiques de santé.

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