« Starmania » revient grâce à Thomas Jolly : qui est le metteur en scène ?

Thomas Jolly, ici au mois de novembre à Paris, est le metteur en scène de « Starmania ».
JOEL SAGET / AFP via Getty Images Thomas Jolly, ici au mois de novembre à Paris, est le metteur en scène de « Starmania ».

THÉÂTRE - Il est le metteur en scène que tout le théâtre français s’arrache. Ce mardi 8 novembre, la comédie musicale culte Starmania revient sur scène, à Paris, et sous une nouvelle forme grâce à lui, Thomas Jolly.

« Jeunesse, audace, insolence, c’est intemporel. » Voilà comment ce dernier décrit le mythique opéra-rock visionnaire. La question de la pertinence d’une nouvelle version en 2022 ne s’est pas posée. « Starmania parlait de choses qui n’existaient pas alors mais sont arrivées, comme l’info en continu, des émissions pour devenir star, des attentats comme ceux du 11 septembre 2001 et des stratégies politiciennes avec un côté people, comme Donald et Melania Trump », développe Thomas Jolly auprès de l’AFP.

Sans parler des personnages non binaires, alors que cette expression n’était même pas apparue il y a plus de 40 ans. « Les questions de genre et de sexualité, par exemple, qui sont présentes depuis l’origine de ’Starmania’, avec les personnages de Ziggy ou de Sadia, ont infusé aujourd’hui la société tout entière », relève dans le dossier de presse Raphaël Hamburger, fils de Michel Berger et France Gall, impliqué dans le projet.

« C’est la première fois que je travaille avec l’auteur d’une œuvre, je n’ai pas eu cette chance avec Shakespeare ou Sénèque (sourires), alors on va lui demander comment il avait vu tout ça », lâche Thomas Jolly.

Une « théâtralité exacerbée »

Considéré comme l’un des metteurs en scène français les plus inventifs de la dernière décennie, Thomas Jolly a été choisi, cette année, pour organiser la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris en 2024, dans le but de donner « un souffle novateur pour s’adresser au plus grand nombre », selon les organisateurs.

Ça n’a rien d’anodin, il est régulièrement qualifié de « surdoué » dans la presse. Et pour cause, cet homme de 40 ans a été révélé très jeune, notamment pour son sens de la dramaturgie, la démesure de ses mises en scène et sa défense d’une « théâtralité exacerbée » grâce à la machinerie et au maquillage.

Pourtant rien ne prédestinait ce Rouennais, né le 1er février 1982 d’un père imprimeur et d’une mère infirmière, à l’art de la scène. Jusqu’à ce qu’il reçoive vers l’âge de six ans un livre de l’écrivain Pierre Gripari qui a écrit de petites pièces pour les enfants et « qu’on peut monter dans sa chambre avec ses amis », confiait-il à l’AFP en 2015.

Il débute les cours de théâtre en cinquième et n’en sort plus, du lycée à la fac et à l’école d’acteurs du Théâtre national de Bretagne. À sa sortie en 2006, il fonde sa compagnie «  La Piccola Familia », dont l’effectif est passé de 6 à 60 aujourd’hui.

À sa nomination en 2019, à l’âge de 37 ans, à la tête du Centre dramatique national d’Angers, Le Quai, le ministère de la Culture le qualifie d’« enfant de la décentralisation théâtrale ». Artisan d’un théâtre de troupe, populaire et enthousiaste, il fait beaucoup parler de lui en 2014 lorsqu’il monte au Festival d’Avignon une version palpitante, en 18 heures, de la trilogie Henry VI de Shakespeare, avec des lumières et des décors dignes d’un opéra rock… et un taux d’abandon extrêmement bas, tellement le public est conquis.

Le Graal, en 2018

« Hypnotisant »« triomphe »« époustouflant », la presse s’extasie, d’autant plus que Jolly utilise peu d’éléments scéniques et pas de vidéo comme c’est la mode depuis le début du XXIe siècle, revenant aux fondamentaux du théâtre. « Ma croyance dans le théâtre me donne des ailes, dit-il, je crois que le théâtre est nécessaire, utile, urgent dans les temps que nous traversons », affirme-t-il en 2015, l’année où il monte l’épilogue d’Henri VIRichard III, qu’il incarne lui-même à la manière d’un « sombre Peter Pan », notait Le Figaro.

L’artiste mêle des procédés traditionnels (des chaises pour faire les chevaux, des rubans en guise d’épées), avec des clins d’œil à ses séries et ses films préférés, à l’instar de lumières robots menaçantes qui tournent autour des comédiens et tracent des faisceaux laser comme dans Star Wars.

En 2018, toujours à Avignon, il obtient le Graal : il est invité à monter le spectacle d’ouverture dans la cour d’honneur du Palais des Papes, lieu emblématique du festival. Il met en scène un texte classique mais pas des plus connus : Thyeste de Sénèque, une histoire de cannibalisme et de vengeance, déconseillée aux moins de 12 ans (un roi se venge de son père pour la relation qu’il a eue avec sa femme en lui faisant manger la chair de ses enfants nés de cet adultère).

En 2020, en pleine pandémie et fermeture des théâtres, il met au point une saison d’été « corona compatible » à Angers, avec des petits formats aux décors plus dépouillés et avec certains spectacles hors les murs. Les choses n’ont pas fini de s’accélérer. Les représentations de son Starmania, qui ont démarré à Paris, doivent se poursuivre ensuite dans toute la France, en 2023, avant d’entamer en 2024 les Jeux olympiques, sans doute son plus grand défi, tout en démesure.

À voir également sur Le HuffPost :

Lire aussi