Stabilité à France Médias Monde avec un troisième mandat pour Saragosse

Le régulateur a fait le choix de la stabilité pour France Médias Monde: Marie-Christine Saragosse, la présidente sortante, a été reconduite mercredi pour un troisième mandat à la tête du groupe public chargé de l'audiovisuel extérieur de la France.  

En poste depuis 2012, Mme Saragosse, 62 ans, a été nommée pour cinq ans supplémentaires par l'Arcom, à compter du 23 avril. France Médias Monde réunit la chaîne d'information continue France 24 (en français, en anglais, en arabe et en espagnol), la radio RFI (en français et 15 autres langues) et la radio en langue arabe Monte Carlo Doualiya (MCD).

"Dans un contexte marqué par une transformation profonde du secteur audiovisuel, une évolution des modalités de financement de l'audiovisuel public (avec la suppression de la redevance, ndlr) et des bouleversements géopolitiques majeurs, l'Autorité a fait le choix de privilégier l'expérience acquise à la tête du groupe par Mme Marie-Christine Saragosse", a expliqué l'Arcom dans un communiqué.

La sortante a été préférée à quatre autres candidats: Sylvain Attal (ex-directeur adjoint de France 24 chargé des nouveaux médias), David Hivet (spécialiste des médias internationaux), Arnaud Ngatcha (journaliste et adjoint à la mairie de Paris chargé des relations internationales) et Pierre-Etienne Pommier (entrepreneur dans le numérique).

- "Développement numérique" -

Sa reconduction suit de trois semaines celle de la présidente de Radio France, Sibyle Veil, pour un deuxième mandat. Celui de la troisième patronne de l'audiovisuel public, Delphine Ernotte (France Télévisions), court jusqu'en 2025, après son renouvellement en 2020.

"Si je sollicite un troisième mandat, c'est pour consolider cette construction, assurer notre place de grand groupe de médias référent sur la scène internationale et accélérer les développements et les transformations", avait assuré Mme Saragosse lundi lors de son audition par l'Arcom.

Ses quatre concurrents prônaient tous des changements et un "nouveau souffle" dans le groupe public, en fustigeant un supposé retard dans le domaine du numérique et en critiquant la gestion actuelle.

M. Attal a en outre assuré que de "nombreux journalistes" de France 24 éprouvaient du "désarroi" face au sentiment d'être "la belle endormie" dans un "monde qui change".

En annonçant sa décision, l'Arcom a souligné qu'elle serait "attentive à ce que l'entreprise engage une nouvelle phase de son développement numérique".

L'autorité appelle aussi à un "renforcement du pilotage interne de l'entreprise", afin notamment "d'assurer un dialogue social actif" et "de veiller à une gestion rigoureuse".

Dans son projet, Mme Saragosse a insisté sur le "lien de confiance" avec le public, qui passe par "une information internationale libre, indépendante" face aux manipulations et à la désinformation.

- Financement -

Pour cela, la question des moyens est "une priorité", a-t-elle dit. Le budget de FMM est en augmentation pour 2023 (285 millions d'euros contre 254 en 2022), tendance qu'elle souhaite voir "confortée dans le cadre du prochain COM" (contrat d'objectifs et de moyens) avec l'Etat pour 2024-28.

Après la fin de la redevance, Mme Saragosse a jugé essentiel que l'audiovisuel public continue à être financé par une enveloppe spécialement affectée, et non directement par le budget de l'Etat.

Il s'agit d'une "garantie d'indépendance visible" à l'international qui rend les médias de FMM "inattaquables", a-t-elle martelé, en rappelant qu'ils étaient des "chaînes de service public" et non des "chaînes gouvernementales".

RFI et France 24 ont été interdites de diffusion en avril dernier au Mali, dans un contexte d'escalade des tensions entre Paris et Bamako. RFI est en outre suspendue au Burkina Faso depuis décembre.

Mme Saragosse a également défendu la multiplicité des langues sur les antennes de FMM, contestée par certains des autres candidats.

Enfin, elle a affiché sa circonspection envers un éventuel basculement vers le tout numérique et l'écoute à la demande, au détriment de la diffusion en direct traditionnelle.

"Chaque zone a son équation en termes d'usage des publics et se transforme à son rythme. Certains choix pris au mauvais moments peuvent détruire des années de construction de notoriété et d'audience", a-t-elle jugé.

pr/elc/cbn