Stéphane Israël, un littéraire qui a épousé l'espace et l'industrie

Thierry MASURE
Photo Par Bertrand Langlois - Stéphane Israël, nommé jeudi PDG d'Arianespace, est un pur produit des grandes écoles de la République jusqu'ici tapi dans l'ombre, fort en thème devenu en quelques années un bon connaisseur des questions aéronautiques et spatiales grâce à Louis Gallois

Stéphane Israël, nommé jeudi PDG d'Arianespace, est un pur produit des grandes écoles de la République jusqu'ici tapi dans l'ombre, fort en thème devenu en quelques années un bon connaisseur des questions aéronautiques et spatiales grâce à Louis Gallois.

Agé de 42 ans, ce grand commis de l'Etat en devenir, petit gabarit aux allures de jeune homme studieux et aux sympathies socialistes, dirigeait depuis mai 2012 le cabinet du ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg.

Au passage, l'un comme l'autre démentent que son départ de Bercy pour Arianespace soit l'issue d'une brouille remontant au dénouement à l'automne dernier des négociations sur l'avenir du site ArcelorMittal de Florange (Moselle). "Ca a duré moins de 24 heures", affirme M. Israël à l'AFP.

Si le ministre, dont le fort tempérament tranche avec la réserve naturelle de son bras droit à Bercy, avait fait appel à lui, c'est que Stéphane Israël, littéraire de formation et esprit réputé très brillant, avait acquis un solide bagage dans le management industriel auprès de Louis Gallois.

L'actuel commissaire général à l'investissement l'avait fait venir comme conseiller à ses côtés, en 2007, lorsqu'il dirigeait le géant européen d'aéronautique et de défense EADS.

Mis en relation avec ce capitaine d'industrie, selon ses dires, par "un ami commun", l'ex-président d'Arte Jérôme Clément, Stéphane Israël propose une première fois ses services quand M. Gallois préside la SNCF. Cela ne se fera pas.

"J'avais des fourmis dans les jambes pour partir en entreprise. Depuis longtemps, j'avais envie de rejoindre une grande entreprise de service public ou de souveraineté", explique M. Israël, qui s'est déclaré jeudi conscient du "très grand honneur" qui lui est fait avec sa nomination.

"C'est un patriote, c'est le mot qui lui convient le mieux: il croit à la souveraineté de la France et de l'Europe", confie à l'AFP l'un de ses amis.

A la Cour des comptes (2001-2007), Stéphane Israël se spécialise dans le contrôle des programmes de la Défense nationale.

Changement d'échelle en 2008. Le nouveau venu chez EADS n'est pas encore quadragénaire mais Louis Gallois lui confie des responsabilités opérationnelles: le contrôle de gestion et des programmes d'Astrium, la filiale spatiale d'EADS (18.000 employés répartis dans cinq pays).

Puis, de novembre 2010 à mai 2012, il prend en charge le programme européen d'observation de la Terre par satellite GMES.

Une "expérience" qui "le qualifie parfaitement pour relever les défis opérationnels, commerciaux et financiers" d'Arianespace, souligne son prédécesseur Jean-Yves Le Gall, entretemps nommé président du Centre national des études spatiales (CNES).

L'entreprise est "trop stratégique pour pouvoir faire l'objet d'un choix politique", fait aussi valoir Stéphane Israël lorsqu'on lui rappelle qu'il a appartenu au PS - auquel il ne cotise plus, croit-on comprendre - et qu'il s'est mis dans les années 2000 au service de Laurent Fabius.

Rien ne prédestinait Stéphane Israël à un tel parcours. Ce Parisien, fils d'un prof de droit et d'une psychanalyste, fait hypokhâgne puis khâgne au lycée Henri IV, avant d'intégrer Normale Sup puis l'ENA.

Entretemps, il passe un an à l'université américaine de Harvard, l'occasion de parfaire sa pratique de l'anglais.

Agrégé d'histoire, l'homme est un passionné de cette discipline, en particulier de la Résistance. Sur un tout autre plan, c'est un coureur à pied assidu.

Stéphane Israël est marié à une conseillère d'Etat et père de trois enfants.