Que se passe-t-il au Sri Lanka, où la police à reçu l'ordre de tirer sur les émeutiers ?

Des policiers sri lankais prennent à partie un manifestant anti gouvernemental lors d'un affrontement avec des partisans du parti au pouvoir en pleine crise économique, à Colombo. (REUTERS)

Depuis plusieurs semaines, les manifestations organisées au Sri Lanka pour demander la démission du gouvernement ont mené à de graves affrontements avec la police ainsi qu'entre manifestants pro et anti-gouvernementaux. Explications.

"Si la situation n'est pas maîtrisée, cela pourrait tourner à l'anarchie totale". Ces mots prononcés par un fonctionnaire sous couvert d'anonymat reflètent bien la situation catastrophique au Sri Lanka ces dernières semaines. Cette île située au sud-est de l'Inde connaît sa pire crise économique depuis son indépendance en 1948, à tel point que le mois dernier, le pays s'est déclaré en défaut de paiement sur la totalité de sa dette extérieure évaluée à 51 milliards de dollars et a demandé l'aide du FMI.

La crise économique a débuté suite au Covid-19, qui a privé l'État insulaire de ses touristes pendant de longs mois. Depuis, les Sri-Lankais n'ont plus de quoi vivre en raison de pénuries de nourriture, de médicaments, de carburant ou encore d'électricité qui ont provoqué une hausse des prix de 30% rien que sur le mois d'avril. La guerre en Europe n'a rien arrangé, l'Ukraine et la Russie étant les premiers clients de thé noir aromatique provenant du Sri Lanka, mais n'achètent plus rien.

Depuis deux mois de façon ininterrompue, de nombreux Sri-Lankais descendent dans les rues pour réclamer la démission du gouvernement et le départ du président et du Premier ministre, les frères Gotabaya Rajapaksa et Mahinda Rajapaksa, jugés responsables de cette situation chaotique par une grande partie de la population. Deux autres frères de la famille sont ministre des Finances et ministre de l'Agriculture. Depuis 20 ans, le Sri Lanka est dirigé par les Rajapaksa, une famille de nationalistes.

La police tue

Des manifestants avaient tenté à la fin du mois de mars d'envahir la résidence présidentielle, ce qui avait entrainé la mise en place d'un couvre-feu dans la capitale Colombo ainsi que l'état d'urgence dans le pays. Un état d'urgence qui donne un pouvoir supplémentaire aux forces de l'ordre pour arrêter ou même mettre en prison les manifestants.

Le 19 avril, un homme a été tué par la police et pas moins de 24 personnes avaient été blessées lors d'une manifestation spontanée anti-gouvernementale. Les forces de l'ordre n'ont pas hésité à tirer à balles réelles sur un groupe qui bloquait une autoroute à Rambukkana, dans le centre du pays de 22 millions d'habitants. Des partisans du gouvernement ont mis le feu aux poudres en attaquant des manifestants anti-gouvernementaux.

La tension est encore montée d'un cran en ce début de semaine avec de violents affrontements qui ont eu lieu ce lundi 9 mai entre manifestants pro et anti-gouvernementaux et qui ont fait 180 blessés et 5 morts, dont un député qui s'est suicidé après avoir tiré sur la foule. Une journée chaotique au terme de laquelle le Premier ministre a démissionné et son gouvernement a été dissout. "Je démissionne avec effet immédiat afin que vous puissiez nommer un gouvernement multipartite pour sortir le pays de la crise économique actuelle", a indiqué Mahinda Rajapaksa, qui a dû être exfiltré par l'armée.

L'ONU appelle au calme

Mardi, des coups de feu ont également été tirés depuis la résidence du Premier ministre après que des manifestants ont enfoncé le portail d'entrée et incendié un camion garé devant. La démission du Premier ministre n'a malheureusement pas calmé les ardeurs des manifestants et du gouvernement, le ministère de la Défense ayant ordonné aux forces de l'ordre de tirer à vue sur les personnes impliquées dans des pillages ou des violences.

Une annonce qui semble ne pas plaire à l'ONU, qui a dénoncé cette violence au Sri Lanka avant de demander aux autorités d'y mettre fin en dialoguant avec la population. "Je condamne toutes les violences et j'en appelle aux autorités à mener une enquête indépendante, détaillée et transparente sur chacun des incidents. Il est crucial que ceux qui sont responsables, y compris ceux qui incitent ou organisent les violences, aient à rendre des comptes", a déclaré Michelle Bachelet, haute‑commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme dans un communiqué.

VIDÉO - Sri Lanka : la police tire à balles réelles sur les manifestants, une situation "incontrôlable"

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